Mon déjeuner du terroir

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woolfPain de la boulangerie la captive d’Amqui

Doré aux œufs du dépanneur chez Matie

Saupoudré de sucre de noix de coco acheté chez Winner

Agrémenté de noix grillées au beurre,

Et de fraises qui commencent à goûter le frigidaire

Enduit d’un coulis du sirop d’érable de la cabane à sucre des Pierres,

Accompagné de six tranches de bacon maple leaf acheté chez Bérangère

Voici mon déjeuner du dimanche du terroir

Sur songza, t’as mis la playlist de Mozart

T’épluches le cahier perspectives du Devoir

Tu m’as cédé le cahier livre et le cahier plaisir parce qu’il parle de jardins

Après la lecture de trois critiques qui ne disent rien

«Ceci est un livre, avec des histoires dedans»

875 mots durant

Je lâche le journal

J’prends mon café, je l’avale

Deux trois commentaires sur l’effondrement de l’usine au Bangladesh

Un autre sur la mauvaise gestion des ressources naturelles

Je l’ai de plus en plus courte la mèche

J’attrape un livre de Woolf, je lis deux ou trois nouvelles

«Veux-tu un refeel de café chéri?»

«Oui mon amour merci»

Sur songa Mozart pète une coche

Je me rassois, mon café réchauffé j’m’y accroche

 

Quand soudain, contre toute attente, tout s’illumine et devient parfait.

Entre mes deux paumes, la tasse en poterie artisanale de Port au Persil

Toute chaude

Devant moi, ton petit sourire ironique

L’univers en expansion je le sens grandir et grandir sans cesse

Je suis à la fois toute dense et concentrée comme un noyau d’étoile

À la fois dispersée fragmentée dans l’infini d’un monde qu’on commence à peine à connaître

Derrière nous des siècles d’histoires

Après nous des siècles encore

Sous ma paume je sens les écailles d’un dinosaure,

L’explosion d’une super nova me réchauffe la joue,

Je sens craquer les os d’un oiseau sous mes crocs

J’entends l’épée qui s’abat sur le cou d’Anne Boleyn

Virginia Woolf rigole par-dessus mon épaule

Je survole la grève pour lancer un mollusque du haut des airs et le fendre sur la roche

Sa texture molle et son goût salé sous mon bec

J’entends la sirène qui annonce les bombardements

Nous n’avons nulle part pour nous mettre à l’abri

Tu déposes ta fourchette, tu repousses ton assiette

La table attrape les rayons du soleil et les reflète partout dans la pièce

Les roselins et les dur becs se disputent la place sur la mangeoire

Pendant un court instant j’ai été propulsée partout sans jamais perdre conscience d’être ici

J’ai été traversée par l’espace

Foudroyée par le temps

Tantôt tu vas aller faire du vélo dans les rangs

Quand tu vas revenir tu vas me trouver toute nue dans la douche avec des gants de caoutchouc en train d’en récurer tous les racoins avec mon Vim pis mon Magic Erraser

Tu vas trouver ça drôle

Veux-tu on va faire des douzaines de bébés que nous laisserons courir nus.

Que nous réprimanderons s’ils sont trop droits et silencieux.

Des douzaines d’enfants sauvages qui planteront leurs dents dans ceux qu’ils aiment pour les réveiller de leur torpeur. Veux-tu?

Donne-moi ta main

Je suis tout nue dans la douche

Tu vas trouver ça drôle

La tasse en poterie toute chaude

Tu vas trouver ça drôle

Je voudrais te faire visiter le temps, veux-tu?

Tu vas trouver ça drôle

Des douzaines d’enfants sauvages

Veux-tu?

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Pas assez d’une vie (slam)

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tempsPas assez d’une vie tsé…

Pour regarder tes cils blonds pendant que tu dors

Et répertorier toutes les figures de style qu’ils m’inspirent :

Blonds comme des pieds de vent, comme une peinture de Monet, comme les pattes d’une araignée d’eau, comme des vermicelles de riz avec juste ce qu’il faut de sauce soya, comme un beau set de patio en rotin,

Pas assez d’une vie non.

Des fois je me lève en me disant «aujourd’hui sera la journée idéale» : faire l’amour 4 fois, aller prendre une marche de deux heures, écrire au moins trois slams,  confire des cuisses de canard, faire une brassée de lavage, dormir une demi-heure en cuillère, désherber le jardin, repeindre les murs de la maison, prendre un verre de rosé sur la terrasse.

Pis je vais me garder au moins deux heures de contemplation :

15 minutes de fascination devant les oreilles du chat qui bougent,

30 minutes d’extase à ne pas en revenir du contraste entre la pelouse verte et la cabane d’oiseaux jaune «tellement vert, tellement jaune, tellement deux couleurs»

45 minutes de bouche ouverte assise sur la chaise de parterre en plastique bleu délavé

Une demi-heure à continuer à répertorier les figures de styles pour tes beaux cils blonds :

Comme un garde-robe de cèdre, comme un plancher de bois franc, comme des pétales de bouton d’or découpés à l’exacto, comme des rameaux de pâques, comme les cheveux de Rahan le fils des âges farouches

Ouin, des fois je me lève en me disant aujourd’hui la journée sera idéale

Finalement j’ouvre mon laptop, je remplis une demande de bourse, je me recouche pis je m’endors en me masturbant.

Pas assez d’une vie pour prendre des cours de chant, apprendre une autre langue, faire du striptease burlesque, devenir ébéniste, construire mon propre Gazebo, tricoter des gilets de laine, mettre des enfants au monde,

Les élever en plus.

Quand j’ai mal au coccyx, quand mon nerf sciatique me fait hurler de douleur si je me penche pour lasser mes bottes, je le sais, je le sens que je suis déjà en train de mourir un peu

Mon corps me nargue et me fait ressentir à toutes les saisons que le compte à rebours est commencé

Des fois j’aurais envie d’être un vampire pour aller sucer le temps que les autres passent à regarder les feux de l’amour, à faire des mots croisés chez Tim Horton, à jouer aux machines au casino de Charlevoix, à participer aux sondages maison de TVA,

J’entrerais par effraction dans salon et je planterais mes dents dans leurs cous pour aspirer tout leur temps gaspillé et les laisserais pantois devant la télé, les yeux vides, le corps affaissé, ce qui ne changerait pas grand-chose.

Pas assez d’une vie pour écrire 6 romans, monter 8 shows, aimer 10 hommes… Un deux, trois, quatre, … ok ça c’est réglé.

Pas assez d’une vie non.

Connaissez-vous la définition de la seconde. Quand on dit à quelqu’un «Donne-moi une seconde» Ce qu’on lui dit dans le fond c’est :

Donne-moi la durée de 9 milliards 192 millions  631 milles 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux hyperfins de l’état fondamental de l’atome de césium.

Dit de même, ça l’air tellement précieux. Imaginez une minute, une semaine, une année…

Ça fait que quand Camus dit que la question philosophique fondamentale est : dois-je ou non me suicider? Ben j’ai envie de lui répondre : me suicider? J’ai pas l’temps criss!!!

Mon nombril du monde (slam)

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OLYMPUS DIGITAL CAMERADans le fond de mon 5ème rang du bout du nombril du monde, à cheval sur les lignes de Padoue, St-Octave et pis Métis.

J’ai l’impression de vivre dans un poème

Debout sur une frontière.

Je peux comparer les cils de mon chum à des troncs de bouleaux sous le soleil couchant d’hiver parce que j’en vois souvent

Je peux dire que sa peau sent le sapin sans que ce soit un cliché

Si mon chat meurt j’vas pouvoir l’enterrer dans ma cour

Pis sur comme épitaphe j’vas pouvoir écrire «Ci-Git Cabotine Pelletier, chatte obèse, guerrière épique, terreur des mulots de maison».

Avez-vous déjà marché sur un mulot mort en pieds de bas en rentrant d’une brosse? Moé, j’peux dire que oui.

En revenant d’une ride de raquettes, j’ai ramassé les plumes d’un geai bleu qu’un rapace avait dévoré

J’vas m’faire des boucles d’oreilles avec pis j’vas m’prendre pour une sorcière

Pis rendu au printemps j’vas dire sur facebook que je danse tout nu pour célébrer Beltane

Quand le phare de Métis arrête de tourner pendant les froids de janvier, j’peux dire que je sais quand y va se remettre en marche parce qu’y dégèle toujours au printemps.

J’peux dire que je me suis déjà coincé un mamelon entre deux bûches en rentrant du bois

Ça ça fait de moi quelqu’un d’unique

J’peux dire que dans le bois en face de chez moi j’ai répertorié des traces de lièvres, de perdrix, d’écureuils, de chevreuils, d’orignaux, de coyotes, de renards, de pékans, de lynx

Ça m’fait peur pis j’aime ça

J’peux dire qu’y’a une belette sanguinaire qui se permet de me narguer dans ma cuisine

J’ai décidé de l’appeler Bily

J’peux dire que je l’sais c’que ça sent une mouche!

J’peux dire : au mois de mai, les milliers de grenouilles, leurs cris dans la nuit, comme des criquets humides

J’peux dire les voisins qui m’appellent en octobre pour venir goûter le cœur et le foie de la bête fraîchement tuée

J’peux dire que j’ai vu le premier vol de trois bébés pics-bois qui sautaient du nid

Pis que j’ai passé l’été la peur au ventre que les renards les mangent

Des fois l’ombre des oiseaux qui passent de l’autre côté de la fenêtre traverse la table où je m’installe pour écrire

J’peux dire que j’écris sur le dos des oiseaux

La roche coupante d’un bord de grève m’a fendu la main

Le poêle à bois m’a brûlé l’poignet

Les épines du rosier sauvage me transpercent les doigts

Les guêpes me piquent à l’automne

J’ai des tâches rouges de fraises sauvages sur les mains l’été

Les ongles noirs de terre

Les genoux verts de pelouse

Les paumes jaunes de pissenlit

C’est pas moi qui écris de la poésie, c’est la poésie  de mon coin de pays qui s’écrit sur moi

À force de vivre dans un poème c’est moi qui en devient un

Quand j’ai mal à l’âme, que je comprends plus le sens de la vie

J’vas jouer dehors pis je m’oublie

Je sors de moi-même et j’emprunte aux étoiles

Le sentiment fabuleux d’être dépassée

La beauté est dehors

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hiverJe le sais que la vraie beauté est dehors. Je sais qu’elle est dans le duvet ébouriffé d’un pic bois qui s’acharne contre un tronc d’arbre dans la froidure du mois de janvier. Ou dans les traces du lynx qui a traversé mon sentier de raquettes en bondissant. Dans la perdrix endormie sous la neige qui s’est envolée devant mon amoureux, nous arrachant à tous les deux un cri de surprise alors que la chienne, elle, poussait un soupir de déception à l’idée de ses petits os qu’elle n’a pas pu sentir craquer sous sa dent. Je sais que la beauté est dans les pas de l’orignal paresseux qui a marché dans ma piste et l’a rendue cahoteuse à souhait m’arrachant quelques jurons au passage. Ou dans ce soleil d’hiver qui traverse la forêt en oblique à quinze heures à peine pour aller transformer en filons d’or, les humbles bouleaux.

Qu’il est beau mon homme, quand nous rentrons de notre expédition. Avec ses joues rouges, ses yeux bleu comme une flaque d’eau dans la neige et ses longs cils pâles comme des bouleaux sous le soleil de quinze heures. Il a l’air d’un paysage d’hiver.

Je sais que la vraie beauté se trouve dehors et qu’en plus elle éclabousse tous ceux qui la traversent.

Réponse à Serge Bouchard

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Roulotte 14 juillet 2011 031Voici une lettre ouverte qui a été publiée dans le Mouton Noir le 21 décembre 2012 et qui répond à l’article de Serge Bouchard intitulé «Les Boules» paru dans Québec Science le 25 octobre 2012. 

Cher Monsieur Bouchard,

Votre texte «Les Boules» paru dans Québec Science le 25 octobre 2012 s’est retrouvé, face retournée, sur ma table de travail il y a quelques semaines. Un ami s’était fait un devoir de l’emmener chez moi pour connaître ma réaction. Cet ami connait mon amour pour le territoire que j’habite et pour les humains que j’y côtoie. Il sait les efforts que je déploie pour vivre dans un rang reculé de l’arrière-pays mitissien afin de faire perdurer, de dynamiser et de promouvoir un territoire qui porte encore en lui de grandes promesses de richesse et de beauté. Alors que de plus en plus de jeunes artistes migrent vers l’ouest, vers la ville et son effervescence, moi j’ai décidé de faire le pari de m’inscrire dans le sens inverse du trafic : de revenir et de rester. Parce que je puise la force de mon identité dans la sauvagerie du paysage que j’habite, dans le souvenir de ceux qui l’ont défriché et dans la cohabitation avec ces rares irréductibles qui continuent  d’accorder le rythme de leur existence avec les saisons. Lorsque je regarde la perte de sens qui caractérise notre société, je me dis qu’une part de la solution réside dans le mode de vie que j’ai choisi, dans la proximité avec la nature qui permet de toucher à l’essentiel.  Et je pense que la nécessaire et urgente préservation de ce mode de vie passe par l’enthousiasme des jeunes qui viendront s’établir dans des municipalités comme la mienne.

J’ai grandi à Les Boules Monsieur Bouchard. Et j’y suis revenue. Quand je déambule dans les rues de mon village, je cherche en vain les maisons roulottes qui font dos au fleuve et les amoncellements de ferrailles dont vous parlez dans votre article. À leur place, je ne vois qu’habitations coquettes et terrains entretenus fièrement par des riverains vivant chaque automne avec la peur d’une grande marée qui inonderait à nouveau leurs sous-sols, grugerait un peu plus leurs terrains, les forcerait à déménager. Qu’il est beau et romantique ce grand fleuve lorsqu’on l’observe du point de vue du touriste. Qu’ils sont fous ces habitants qui tournent leurs fenêtres plein sud, se soustrayant ainsi à son panorama grandiose pour plutôt profiter des rayons du soleil qui aident à chauffer la maison pendant les longs mois d’hiver.

Dans mon village, je constate des efforts de dynamisation et de revitalisation sans cesse répétés par les citoyens et la municipalité. Grâce aux échanges entre les deux écoles et l’implantation d’une bibliothèque bilingue on tente de tisser des ponts entre les communautés anglophones et francophones. Par l’adoption d’un plan d’implantation et d’intégration architectural, notre municipalité investit du temps et des efforts pour l’harmonisation des nouvelles constructions avec le patrimoine bâti. En misant sur l’initiative «Sauvons le phare de Métis-Sur-Mer» des associations de citoyens sont parvenues à accumuler plus de 80 000$ pour la préservation de ce précieux bâtiment historique. En organisant de nombreuses activités familiales, le comité des loisirs de Métis-sur-Mer dynamise la vie sociale de notre municipalité et amasse des fonds pour les deux écoles. Ces efforts je les salue et les admire et ce ne sont là, que quelques points positifs choisis pour vous montrer que lorsqu’on y regarde d’un peu plus près, les termes «pauvreté et ennuyance» sont bien réducteurs. C’est la raison pour laquelle je crois qu’il était de mon devoir de répondre à votre article.

Le pire monsieur Bouchard c’est que j’en conviens avec vous : nous vivons dans un Québec, que dis-je dans un monde, qui bafoue la beauté, la saccage pour le profit d’un modèle économique qui nous mènera tous à notre perte. Je pense, par contre, que vous avez mal choisi votre cible. Pourquoi ne pas avoir aussi parlé de ces banlieues qui ont poussé autour de Montréal sur les plus riches terres agricoles du Québec?

Depuis quelques années, le feu d’une colère sèche grandit en moi. Je peste contre l’ignorance et les préjugés de certains intellectuels de la grande Montréal qui semblent s’imaginer que rien ne vit à l’est de Longueuil ou que tout s’y réduit aux quelques idées préconçues qu’ils se font des régions. Je peste contre les journalistes, les chroniqueurs, les artistes qui viennent de là-bas et qui pensent pouvoir nous définir, faire le tour de notre mode de vie en ayant passé quelques jours ici. Je peste contre le désintérêt généralisé envers le potentiel de la parole de ceux d’ici pour parler d’ici. Loin de moi l’idée de mettre tout le monde dans le même panier, mais il existe malheureusement une Montréal qui préfère avoir des nouvelles des régions lorsqu’elles sont issues de sa propre élite et qui prend position sur l’exploitation d’un territoire qu’elle n’habite pas et ne connait que de passage. Et cette Montréal c’est vous qu’elle écoute Monsieur Bouchard. C’est pourquoi venant de vous je me serais attendu à plus. À plus qu’un article qui met Les Boules, Matane et le ranch de Donald à St-Ulric dans le même panier et qui s’épanche avec nostalgie sur les naufrages soi-disant oubliés.

J’ai beau lire et relire votre article Monsieur Bouchard, je n’arrive pas à y trouver le fondement de votre réflexion et j’en viens à me demander si vous n’avez pas choisi l’ancien nom de notre municipalité pour son potentiel racoleur. Or toute personne qui a un pouvoir de parole se doit de mesurer les impacts de ses prises de positions au-delà du potentiel de «vente». Le pouvoir de la parole vient avec une responsabilité que vous avez peut-être mal évaluée dans le cas qui nous occupe. Pour moi, lorsqu’on critique, il faut savoir suggérer. Ici nous sommes nombreux à tenter, chacun à notre façon, d’insuffler vitalité et dynamisme à ce petit patelin que nous aimons pour encourager les jeunes familles à venir s’y installer et nous recevons cet article comme une poussée venant s’exprimer en sens inverses de nos efforts. Vous avez relevé certaines de nos erreurs mais surtout celles de nos prédécesseurs et de nos gouvernements. À nous qui continuons de croire en une autre façon d’habiter le territoire et qui tentons de nous tourner vers l’avenir, je vous le demande Monsieur Bouchard, qu’avez-vous à proposer?

Cordialement

Stéphanie Pelletier

Voici le lien vers l’article auquel je réponds ici : http://www.quebecscience.qc.ca/Serge-Bouchard/Les-Boules

La responsabilité est en «corduroy» brun

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La responsabilité. Pas très vendeur ce mot. Rien de sexy là-dedans. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi dans ces six syllabes mises bout à bout, aucun accent de passion, de désir ou de rébellion. Si j’avais à incarner l’image de la responsabilité, je choisirais une bibliothécaire à lunettes en tailleur beige qui fait «chuuuuuut!» Et pourtant…

Cet été je me suis mise à faire un petit exercice que j’aime bien avec une personne que j’apprenais à connaitre : le jeu des tops cinq. Top cinq de tes repas préférés, top cinq des groupes que tu aimerais voir en show, top cinq des pays que tu aimerais visiter etc… Belle façon ludique de découvrir quelqu’un. Puis un jour, alors que nous étions allongés aux pieds des étoiles, il m’en a sorti un qui m’a un peu soufflée : top cinq des valeurs les plus importantes à tes yeux. Ouf, je vous épargnerai la sinueuse réflexion qui s’en est suivie : d’abord qu’est-ce qu’une valeur? J’ai probablement répondu dans l’ordre ou le désordre : le désir, l’intégrité, l’amour et je ne sais quoi d’autre. Mais lui, dans son top cinq il a dit : responsabilité.

Responsabilité! What the fuck!!!? En entendant ce mot j’ai aussitôt imaginé ma mère et je me suis dit «ben voyons donc, c’est pas si important que ça faire son lit le matin, ou ramasser sa chambre tsé.» Pour moi «responsabilité» a toujours sonné de pair avec les «obligations» souvent inutiles parfois même insignifiantes qui font de nous des «adultes responsables». Responsabilité, quand il n’est pas bibliothécaire, porte une chemise bleue avec des pantalons bruns, il a un garage de toile, deux enfants, un chien et une Dodge Caravan et pis il ne fait pas l’amour souvent… Quand tu l’invites chez toi, Responsabilité arrive avec ses chums, Obligation, Faute, Devoir, Culpabilité. Ils font le tour de ta cour, refusent la bière que tu leur offres parce qu’ils conduisent pour retourner chez eux, ils jugent ta pelouse mal tondue et portent même quelques commentaires sur ta peinture de clôture qui s’écaille. Responsabilité, c’est pas un ben beau mot. Sauf que…

Sauf que la vie me l’a remis dans la face cet automne. Cet automne j’ai grogné. Contre les journalistes, les éditorialistes, les chroniqueurs culturels (j’ai le goût de mettre des guillemets partout tellement je considère que la moitié d’entre eux ne méritent pas leur titre), les auteurs etc. J’ai grogné, j’ai ragé contre tout ce monde qui détient un pouvoir important, lourd de conséquences, parfois dangereux qui peut changer le monde, parfois même tuer : le pouvoir de la parole. Un pouvoir que l’on sacrifie à l’autel des cotes d’écoute, des chiffres de vente, du divertissement populaire. Et les auteurs sont les premiers que je blâme. Ceux de ma race, qui devraient être libres, qui ont le vaste champ des possibles inépuisables de la fiction pour exprimer l’essentiel, mais qui, au lieu de cela, s’embourbent dans la superficialité et l’insignifiance pour vendre des livres. Je ne considère pas que ce soit un crime de faire de l’argent, mais il faut tout de même s’interroger sur la manière d’en faire et si faire de l’argent nécessite le sacrifice de notre intégrité et bien oui, ça devient un crime. Je peste contre les entrevues d’artistes insignifiantes qui se penchent sur les détails croustillants de leur vie intime plutôt que sur l’essentiel de leur démarche (quand ils en ont une), je peste contre les livres insipides qui font l’éloge d’une séance de magasinage pour se consoler d’une peine d’amour, je peste contre les titres mensongers et racoleurs que l’on flanque au-dessus d’un article pour hameçonner les lecteurs, je peste contre les œuvres qui nivellent par la base et prennent les gens pour des cons.

J’entends déjà les argumentaires me martelant en réponse qu’il faut de la légèreté parfois dans la vie et que toute œuvre n’a pas le devoir d’être profonde et intense. Et je ne peux que m’incliner devant un tel plaidoyer. Mais encore faudrait-il que légèreté rime avec authenticité et qu’on ne la confonde pas avec l’insignifiance.

Et là je vous ressors ce cher mot, «drabe» et pas très sexy : nous avons une responsabilité. Nous, tous ceux qu’on lit ou écoute. Tous ceux qui ont une tribune pour s’exprimer, à qui on offre la possibilité de diffuser une pensée, un message, avons la responsabilité d’être intègres avec le public, de parler à leur intelligence et de respecter la vérité, la vie. L’essentiel. Et pour ceux qui me ressortiront l’argument de la légèreté pour justifier certains torchons de la littérature populaire (et je veux que ce soit clair, je ne considère pas tous les livres de la littérature populaire comme des torchons, loin de là, nombreux sont des perles porteurs de messages essentiels et de lumière) je répondrai que je ne vois pas en quoi faire l’apogée de la surconsommation et de l’endettement (ici je me réfère à certains ouvrages de la fameuse chick lits) peut être synonyme de légèreté. De grâce, respecter vos lecteurs, vos auditeurs, vos téléspectateurs. De grâce respectez vos sujets!

Sortez vos pantalons bruns et vos chemises bleues. Et même si ce n’est pas très séduisant au premier abord : soyez responsables. Vous y perdrez peut-être un peu au change, mais l’humanité en ressortira gagnante.

Intemporelle ou surannée? (Je suis un récamier)

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Avertissement : ce billet, comme la plupart des billets qui se retrouvent sur ce blogue, risque de finir par un éloge du moment présent, de la capacité de voir la beauté et la lumière qui se glissent par les fentes de tout ce qui est fissuré (humains et pots à fleur confondus), de l’importance d’être mus par l’amour et il y aura sûrement un moment tendre à propos d’un chien, d’un chat, d’une mouche ou d’une fleur, bref un cossin fragile et attendrissant. Ou pas.

L’autre jour mon char est tombé en rack pour la – je réfléchis pour ne pas exagérer – quatrième fois cette année. C’était la dernière. La transmission de Margot a lâché, ses vieux muscles fatigués ne pouvaient plus supporter les soixante quelques kilomètres qui me séparent de la trépidante Rimouski – en passant j’ai des tires d’hiver à vendre, flambant neufs, j’ai dû faire soixante kilomètres avec… ahaha! C’est pour dire le temps que ça lui a pris entre la dernière fois qu’elle est allée au garage et son ultime tombage en rack.  Bref. Il a fallu que j’aille au garage vider ma voiture. Margot était à la fois un costumier, une garde-robe, une bibliothèque, un rack à CD, un cellier (de bouteilles vides), un cabanon et une machine à voyager dans le temps (jusqu’en 2002 mettons). Pas pire pour une Hyundai accent! Ma mère préférait le terme «poubelle». Elle avait tout faux puisqu’il a fallu que j’aille vider mon carrosse avant de l’envoyer à la scrap. Margot contenait de nombreux trésors. Comme les dépotoirs, me direz-vous. Ok! Ok! Ok! Mais moi je ne les ai pas jetés. Toujours est-il que j’y ai retrouvé un châle qui avait appartenu à ma grand-mère paternelle, qu’elle avait confectionné elle-même au crochet. Châle qui m’avait valu les quolibets d’un de mes grands amis lorsque j’étais venue me réinstaller à la campagne et que j’aimais à le porter. Il se payait ma gueule en me disant que j’allais finir vieille fille dans mon rang, à lancer des patates aux chars qui passent. J’avoue que j’ai déjà lancé une patate dans le front de mon ex une fois, mais c’était parce qu’il me l’avait demandé et il n’était pas en char.

Je l’aime mon châle bon.

Toujours est-il que j’ai été obligée de changer de char. Je roule en Yaris blanche 2012. Manuelle, pis je stalle sur les lumières en paniquant. Le monde me demande si je suis contente de mon char. Elle répond à mes trois critères de base : elle roule. Oui je suis contente de mon char. Même si ça va être mon char à proprement parler dans 30 ans. Oui j’exagère un peu, j’aime ça exagérer ça met du piquant.

Ok, si on fait un topo rapide (parce qu’il va ben falloir que je ferme la boucle un moment donné pour justifier mon titre) : je vis dans un rang (à 60 km de la ville où je travaille), dans une région, j’ai un char neuf, mais c’est pas voulu, je porte parfois le châle, j’ai un jardin, j’écris des livres (un à date, mais je  me projette dans l’avenir c’est important pour prévenir la dépression), je ne suis pas tellement à la mode même si je suis coquette, je fais de la radio communautaire (une fois par semaine), de la télé communautaire (une fois par année), de la mise en scène au théâtre, j’anime des shows littéraires, je fais du slam, je suis agente de développement pour une OSBL en spectacle littéraire, je n’ai pas le don d’ubiquité et je n’ai jamais réussi à convaincre le diable de me donner 24 heures de plus dans une journée en échange de mon âme, il a ben trop de fun à me regarder me démarder l’écoeurant!

J’écris des histoires de lumière, de jardins, de bebittes, pis d’êtres humains un peu tous croches, mais beaux dans leur crocherie. Je n’ai jamais essayé d’être originale, je ne me suis jamais cherché un style pis j’ai pas envie que mes textes soient de beaux objets intelligents. Quand je m’assoie devant mon ordinateur (ouf! au moins je n’écris pas avec une plume et un encrier!) la seule question que je me pose c’est «comment je pourrais raconter cette histoire avec amour et intégrité, comment je pourrais rendre la vie aussi belle et singulière pour le lecteur, qu’elle l’est à mes yeux?»

Quand je me demande ce qu’il faudrait pour que l’on vive dans un monde meilleur, je me dis qu’on devrait tous pouvoir faire un petit jardin, désosser un poulet (oui c’est dégueulasse, mais c’est important, parce qu’avec la carcasse tu peux te faire du bouillon, pis que ton poulet te coûte deux fois moins cher quand tu l’achètes entier), faire son propre pain, aller chercher son bois dans la «chède» pour respirer les étoiles en passant et voir l’horizon. D’aucuns me répondront que dans le monde où l’on vit, nous n’avons plus le temps ou l’espace pour accomplir ces petits gestes tout simples qui redonnent du sens. Ils auront raison. Mais justement, il me semble que ça n’a pas de bon sens!

J’ai pris la décision de rester en région pour défendre et préserver un mode de vie et un milieu qui portent, selon moi, les clefs de notre avenir collectif. Pour le meilleur et pour le pire, j’habite une campagne à la beauté si poignante et vaste que ça fait presque mal à regarder. Mon éloignement me coûte parfois très cher, surtout lorsqu’il s’agit de promouvoir un livre et une carrière qui dépendent de l’intérêt de la «grand ville» et de ses millions de lecteurs potentiels ou critiques littéraires pour s’envoler (by the way je serai au Salon du livre de Montréal pour des séances de dédicaces au kiosque de Leméac jeudi le 15 de 18h à 19h et vendredi le 16 de 19h à 20h). Je reste ici pour construire mon monde à petits pas. Parce que j’ai compris depuis longtemps que le bonheur individuel et collectif ça demande des efforts, de la réflexion et du temps.

J’aurais aimé ça faire de la chick lits pour payer mon char plutôt que de courir comme une poule pas de tête entre mes 40 000 jobs. Je le sais que j’ai toutes les aptitudes nécessaires pour en écrire. Au nombre de fois que j’me suis plantée en public à cause de mes talons hauts, j’aurais au moins quatre tomes à remplir. Mais j’suis pas capable. Y’a un esti de fil invisible qui me tire l’âme; un fil ben solide, un genre d’alliage de métaux indestructibles : l’intégrité, l’amour pis l’obstination.

Je reste ici. Je crois en ce que je fais. Je sais pourquoi je le fais.

Mais la question fondamentale que je me pose à tous les jours c’est : Suis-je intemporelle ou surannée? J’suis tu un vieux divan lette, brun avec des fleurs oranges pis des brûlures de cigarette ou une superbe causeuse vintage qui ne se démodera jamais?

P.S. Je m’excuse pour les parenthèses et l’aberrante longueur de ce texte, mais comme j’avais pas écrit depuis septembre, j’ai pas pu empêcher les idées de sortir de partout.

Margot ma voiture, mon auto

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Un hommage à mon fidèle destrier qui, j’en ai peur, va bientôt rendre l’âme.

 

En sortant si vous jetez un coup d’œil dehors

Vous allez voir mon char

Si vous ne savez pas regarder

Vous allez voir une Hyundai accent à la dorure usée

Avec, dans les vitres d’en arrière des roses mal peinturées

Mais détrompez vous mon char est une fusée

 

Elle est un étalon

Elle a l’éclair au front

Accrochée à son volant, pieds à l’étrier, fesses en selle

Je m’élance dans le cinquième rang, je survole les nids de poule, j’ai des ailes!

Je parcours les routes du Bas-St-Laurent

La pédale au fond, les cheveux dans le vent

 

Son habitacle est comme ma tête

Bordélique, hétéroclite et parfois touchant

Comme un soir de tempête

Un éternel ouragan

 

La dedans tout est à l’envers

On dirait qu’y a eu la guerre

Y’a un de mes amis qui m’a dit dernièrement,

Que j’avais l’char d’une fille de 20 ans.

J’l’ai trouvé comique

Pour paraître jeune pas besoin de cosmétique

Ni du moindre fard

Moi j’ai mon char

 

J’peux pas faire de lift à plus qu’une personne

Mais ça un côté ben l’fun

Si j’ai la chance de lifter un beau gars

Je me tape pas le tracas

De savoir si je vais trainer un chicks amère

Sur ma banquette arrière

Les poils de chien, la pelle, les sacs de peanuts vides et les vieux mouchoirs

Sont un excellent repoussoir

 

Elle contient des dizaines de CD de bonne toune

Que je fais jouer selon que je feel guerrière, poète maudit ou guidoune

C’est l’printemps, la neige fond, y fait soleil, y fait beau

Edward Sharpe and the magnétic zero

Il fait gris, il pleut, j’ai envie de faire pitié, rien ne m’amuse

J’écoute Muse

J’suis folle raide, j’veux mordre les fesses de la vie, j’ai l’cerveau à spin

Florence and the machine

J’t’en tabarnak, j’ai couru après l’chien, j’suis en retard, le sang m’chauffe

We are wolves

Les foufounes me bougent, j’veux de quoi qui groove et patati et patata

Robyn, Peaches et Ratata

 

Mais pourquoi s’appelle-t-elle Marguerite me direz-vous

Cette voiture avec tant de panache?

Parce qu’un jour j’ai rêvé que mon char était une vache

Et la vache s’appelait Marguerite voilà tout!

 

L’autre fois, je faisais un lift à ma mère

On était en train de monter la côte à 30 kilomètres heures

Maman, ironique a dit, veux tu que j’aille pousser en arrière

«Arrête de rire de ma Margot» lui ai-je dit avec ardeur

J’ai flatté son dach pis j’y ai dit pour l’encourager

Lâche pas ma Margot, tu vas y’arriver, tu vas la monter

Pis si maman te niaise encore une fois avec son air fin

Je m’arrête pis je la débarque sur le bord du chemin

 

Margot c’est ma première automobile

Grâce à elle j’ai la vie plus facile

J’ai pas besoin de marcher une heure et demi pour une pinte de lait

Pis si y a un show l’fun à Baie-des-Sables j’peux songer à m’acheter des billets

C’est ma complice de tous les instants

Grâce à elle je peux sortir de mon rang

Ensemble pour rattraper le chien qui a fugué on fait des poursuites

Qui parfois finissent en 180 dans l’banc d’neige, j’vous épargne la suite

Ça fait que si un jour vous avez la chance d’embarquer dans Margot

Pour parler d’elle, sachez choisir vos mots

 

Parce qu’on n’écœure pas mon char

Mon char c’est mon vaisseau d’or

 

Revue de Presse «Quand les guêpes se taisent»

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Télévision

Téléjournal Est du Québec de Radio-Canada, mardi le 28 août 2012, entrevue avec Nadia Ross (à 43 minutes 16) : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/6035234

La vie chez nous TVA, lundi le 17 septembre 2012, entrevue avec Éric Barrette : http://tva.canoe.ca/cgi-bin/player/player_preroll.pl?titre=La%20vie%20chez%20nous&emission=laviecheznous&video=http%3A//medias.tva.ca/emissions/laviecheznous/133406_extrait2.wmv&reseau=TVA&sectionlevel=&sectionvaleur=http%3A//medias.tva.ca/emissions/laviecheznous/133406_extrait2.wmv

Radio

Radio Canada Info-Réveil mercredi le 22 août 2012, entrevue avec Annie Landreville : http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CJBR/Inforeveil201208220748.asx

Radio-Canada, Plus on est de fous plus on lit, 3 septembre 2012, critique de Jean Fugère : http://www.radio-canada.ca/emissions/plus_on_est_de_fous_plus_on_lit/2012-2013/archives.asp?date=2012-09-03

Radio Canada Bon pied, bonne heure, mardi le 11 septembre, critique de Christiane Melaçon : http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBGA/Bonpiedbonneheure201209110817.asx

Table ronde avec Lucie Renaud de la recrue du mois, mardi le 18 septembre 2012 à CKCU.FM : http://www.ckcufm.com/uploads/pod/litnews2pod19.mp3

Entrevue à Rouge fm avec Stéphanie Gagné, 19 septembre 2012 : http://www.rougefm.ca/rimouski/musique/playerMP3/?id=79769&titre=Entrevue%20avec%20St%C3%A9phanie%20Pelletier%20%2819%20sept.%202012%29&table=multimedia&dartSite=rdrimouski

Radio-Canada, Bouillant de culture samedi le 3 novembre 2012 un bon mot de Jean Fugère dans le cadre du salon du livre de Rimouski, http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/BouillantDeCulture201211031506_4.asx

Journaux et revues

Le Voir, 23 août 2012, critique de Tristan Malavoy-Racine : http://voir.ca/livres/2012/08/23/stephanie-pelletier-quand-les-guepes-se-taisent/

Journal l’Information, 24 août 2012, article de Sonia Lévesque : http://www.hebdosregionaux.ca/est-du-quebec/2012/08/24/la-belle-offrande-de-stephanie-pelletier

Journal L’Avantage, 21 septembre 2012, article de Sandra Mathieu : http://www.lavantage.qc.ca/culturel/21-09-2012-lancement-du-recueil-quand-les-gu-pes-se-taisent

Journal Le Mouton Noir, 16 octobre 2012, article de Thuy Aurélie Nguyen : http://www.moutonnoir.com/2012/10/un-premier-recueil-d%E2%80%99ombre-et-de-lumiere/

Revue Le Libraire no 73, critique par Aggie Perrin libraire à la Librairie Boutique Vénus : http://www.lelibraire.org/nos-libraires-craquent/litterature-quebecoise/quand-les-guepes-se-taisent

La Presse, 16 nov. 2012, critique de Chantal Guy : 01-4594614-quand-les-guepes-se-taisent-droit-au-but-.php

Web

Blogue Ma mère était hipster, 22 août 2012, critique de Laeticia Le Clech : http://mamereetaithipster.com/2012/08/22/quand-les-guepes-se-taisent-stephanie-pelletier/

UQAR info, 4 septembre 2012, article de Laurence Gagné-Gallant : http://www.uqar.ca/uqar-info/une-etudiante-en-creation-litteraire-publie-chez-lemeac/

Les lectures de Topinambulle, 15 septembre 2012 : http://leslecturesdetopinambulle.blogspot.ca/2012/09/quand-les-guepes-se-taisent.html

Sympatico.ca, 17 septembre 2012 : http://mavie.sympatico.ca/livres/sympatico/quand_les_guepes_se_taisent/94dea61f

des livres et…, 18 septembre 2012, http://deslivreset.blogspot.ca/2012/09/septembre-quand-les-guepes-se-taisent.html

Le soufflet, une critique de Marie-Pier Temblay, 19 septembre 2012. http://lesoufflet.weebly.com/steacutephanie-pelletier-est-une-auteure-cruelle.html

Bleu comme la lune, 15 octobre 2012, critique de Philippe Collard : http://bleucommelalune.com/2012/10/belle-critique/

Livresquement boulimique, 18 octobre 2012, critique de Karin Boyer : http://www.livresquementboulimique.com/2012/10/quand-les-guepes-se-taisent-le-charme.html

Je suis La recrue du Mois de décembre, http://larecrue.net/

Les pensées comme des galets (Calisse oubliez-pas l’automne!)

Ah! Que le 5ème rang de X était beau ce soir. Les champs de blé tiraient sur le bleu comme dans un tableau de Monet. Les grillons me hurlaient avec leur arrogance saisonnière «profites-en Pelletier l’automne arrive!!!». Les feuilles dans les arbres commençaient à tirer de manière à peine perceptible sur le vert-jaune, alors que le soleil, lui tournait au jaune-vert. Marcher s’imposait ce soir. Quelqu’un m’a vanté tout l’été les bienfaits de la marche sur l’humanité. Semble-t-il qu’elle est l’un des gestes les plus caractéristiques et les plus naturels de l’être humain. Je ne vous apprends rien me direz-vous, mais prenez donc le temps de vous arrêter pour y penser… Pis tant qu’à être arrêtés, pensez-donc à ça aussi : on ne prend pas assez de temps pour penser à des évidences. Si bien qu’on en oublie de goûter ou de remercier les choses simples. Ok, parenthèse psychopop terminée! Bref! Déambuler comme ça dans le 5ème rang de X, pratiquer l’errance a fait vagabonder mon esprit sur une idée et sur une autre comme on sautille de rocher en rocher sur la grève. J’ai envie de vous livrer tout ça en vrac, comme c’est arrivé, sans structurer ma pensée, juste pour le plaisir de continuer l’errance sur un terrain plus littéraire.

–          Mon arrière-grand-mère de 104 ans, toujours vivante, a dit à sa fille et à ses petites filles de prendre garde. «On s’imagine qu’on a toute la vie devant nous, puis l’instant de se retourner et on constate qu’elle est déjà achevée.» Quant à moi j’écris et grâce à cela, lorsque je tournerai la tête pour voir que ma vie est achevée, j’en aurai au moins noté quelques bribes.

–          L’an dernier à pareille date, Jack Layton s’éteignait et il nous laissait sur cette phrase magnifique : «Mes amis, l’amour est cent fois meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. L’optimisme est meilleur que le désespoir. Alors, aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde.» Pour lui rendre hommage, moi j’écrivais un billet sur le ketchup vert et je continue de penser que c’était la meilleure chose à faire. https://sexinthecountry2.wordpress.com/2011/08/22/pour-me-calmer-les-nerfs-je-fais-du-ketchup-vert/

–          Se baigner dans la Tartigou sous la pluie c’est grisant. Se faire engueuler par un martin-pêcheur c’est l’extase. La vie tombait par millier goutte à goutte. Au village, l’asphalte est resté sec.

–          Ce qui est sincère et intègre ne peut pas être cliché. Le cliché n’existe pas, que la malhonnêteté.

–          Ah tient le voisin. Salut voisin!

–          Demain je lance mon premier livre. Il y a deux ans je recommençais à peine à écrire et j’inaugurais ce blog.

–          Je me souviens d’une époque de ma vie, un épisode difficile s’il en fut, pendant lequel j’ai marché comme une dingue. Tous les jours. J’avais l’impression que je cherchais quelque chose, que je courrais après le sens. Aujourd’hui, je constate que je ne l’ai toujours pas trouvé, mais je me dis avec soulagement que ça aurait pu être pire, j’aurais pu choisir de ne pas marcher.

–          Ah tient, l’’autre voisin. Salut voisin! Maudit que j’aime donc mes voisins!

–          À force de se préoccuper des élections, j’ai peur que les gens n’oublient que l’automne arrive. J’ai peur que les gens ne délaissent les saisons. J’entends souvent mon peuple dire avec un soupçon de honte : «Nous autres on parle tout le temps de température au Québec.» Comme si ça n’était pas important, comme si nous parlions d’une petite chose insignifiante. Pourtant, n’est-ce pas l’un des plus importants enjeux des élections? À force de théoriser sur les choses, n’omet-on pas de les voir? Moi quand il pleut dans le cinquième et que l’asphalte reste sec au village, je trouve que c’est une grande aventure.

–          Des fois je me trouve un peu folle. Mais j’aime ça. Tant que je ne me trouve pas crissement folle on est en buisness.

–          Je vais écrire toute ma vie. Je peux pas faire autrement. J’ai pas besoin de niaiser de midi à quatorze heures avec la tête à Papineau pour comprendre ça. C’est au milieu de moi cette belle affaire-là. Sauvage, vivante et enracinée. Mais violente aussi, comme un torrent. C’est moi cette belle affaire-là, d’la tête aux pieds de l’imaginaire. Tout ça pour vous dire, que mon premier livre est en vente dans toutes les librairies pis si vous l’aimez, ben j’vous annonce tout de suite que le prochain est en chantier. J’sais pas pour vous autres, mais moi rien que d’y penser, ça m’fait sourire.