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M’en allais vous coller un autre slam. Ils sont écrits depuis longtemps et je les écoule parcimonieusement à la semaine ou aux deux semaines pour tenir ce blogue en vie… C’est tout dire. L’an dernier j’ai publié un petit livre et j’ai reçu une bourse pour en écrire un autre… Dans le désordre. Je veux dire que l’autre est venu après l’un. Je veux dire que je ne savais pas que l’un allait être publié quand j’ai reçu la bourse pour écrire l’autre.

Bref me v’là tu pas pognée pour écrire un deuxième livre dans l’effervescence de la sortie du premier. Ce n’est pas l’envie qui manque, c’est le temps… Et l’espace dans ma tête. Je suis travailleuse autonome, je sais que je ne pourrais pas faire autrement, le 35 heures semaine steady de 9 à 5 c’est pas fait pour moi. Je suis déficitaire de l’attention, j’ai besoin de sauter du coq à l’âne pour savoir de quel pied danser et de quel bois me chauffer tout en mettant du pain sur l’argent du beurre. On se suit? Non. Je vous fais un résumé : entre la priorité de créer, la priorité d’avoir une liberté de penser et la priorité de payer le loyer de ma belle maison dans les rangs qui, soit dit en passant, est la première inspiration de ma liberté de créer, ben je n’arrive pas à choisir. Je ne peux pas choisir. Ce sont mes essentiels.

Donc, pour tenter de préserver tout ça, je cours, je cours, je cours. D’un boulot très stimulant à l’autre, d’un contrat à l’autre. Parfois, dans ma tête, j’ai besoin d’une commode assez grande pour contenir les 7 ou 8 tiroirs pour les 7 ou 8 différents contrats que je mène de front pendant une même semaine! Et à travers ça j’essaie d’écrire le roman parce qu’il FAUT que je le finisse! C’est un impératif imagine-toi donc : tant que je n’aurai pas déposé le rapport final de cette bourse, je ne pourrai pas en obtenir d’autres. Et on sait que les bourses sont un gage de crédibilité dans une carrière artistique. Et aussi un gage de survie on ne se le cachera pas.

Au mois de février je relis les maigres 400-500 mots que j’écris aux deux semaines et je me dis qu’à coups de paragraphes, je n’écrirai pas grand chose qui vaille. Je veux dire : Hey ça prend du temps pour écrire un roman! Du vrai temps, pas du temps volé! Pas du temps emprunté! Un véritable plongeon, profond, purifiant, troublant, dangereux même. Doooooonc… je suspends le projet. Tant pis pour les dépôts de bourse au printemps. Je ne vais pas escamoter ce qui compte le plus pour moi sous prétexte de payer mon loyer… Et de faire des beaux projets de spectacles littéraires. J’attendrai au mois de mai pour écrire.

Après la complète folie du mois d’avril (mon calendrier était rouge de dates de shows, de remises, de dead line, name it!), ça m’a pris le mois de mai presque en entier pour me remettre. Juste pour me remettre à respirer. Juste pour recommencer à Voir. Tu sais, Voir de l’autre côté des choses, Voir la frontière scintillante entre elles et le reste de l’univers. Voir les choses vibrer.

J’ai relu mes 40 premières pages des dizaines de fois. Quand soudain, j’ai décidé de me remettre à écrire. Tous les matins je m’attache à mon clavier, à raison de 1000 mots par jours ouvrables pour un total de 5000 mots par semaine. Des bons mots? Des mauvais mots? Je m’en torche! J’écris des mots. Encore. Encore. Encore.  Pour m’assurer de tenir le coup, j’envoie un petit courriel à mon amour où je lui annonce avec beaucoup de points d’exclamation et de fierté : 1153 mots! 1567 mots! À chaque fois que j’y arrive. Et à grands coups de paragraphes le sens émerge de lui même. Ne vas pas t’imaginer, lecteur, que je peux me permettre de ne pas travailler. Nenon! Le matin j’écris, l’après-midi je travaille sur mes «piges», le soir quand il fait beau, je jardine. Jardiner pour Voir. Pour faire le plein afin de recommencer demain matin la tête remplie d’horizon et de vent frais.

C’est difficile cher lecteur. Aujourd’hui, je m’en confesse, certaines préoccupations ont pris tellement d’espace dans ma tête que j’ai 1600 mots d’arriérage ce soir. Je n’ai donc pas pu écrire à mon bel amoureux : 1059 mots!

Je ne peux pas te dire le bonheur, malgré ce petit écart d’aujourd’hui à ma discipline, le bonheur incommensurable d’enfin me permettre d’accomplir ce qui compte vraiment. La chose que je fais le mieux, parce que j’y mets ce qu’il y a de plus vrai en moi. Mon cerveau comme une rivière en crue, ma tête comme un champs en friche, mon coeur comme des oiseaux qui se bagarrent pour une mangeoire! Je voudrais pouvoir écrire tous les jours, toute ma vie durant!

J’ai capoté au mois d’avril, j’ai eu peur de la mort comme jamais je n’avais eu peur de la mort. J’en ai frôlé la crise de nerf. Pourquoi? Parce que je n’arrivais même plus à trouver le temps de m’arrêter pour vivre. Voir. Recevoir.

Hier, je suis allée voir la première d’un court métrage de Tommy Laporte «Héritage» suivi d’une discussion en présence de Tommy : le réalisateur, Thierry Leuzy : le comédien et Yvon Rivard : auteur et essayiste québécois. J’aurais peur de me prononcer, je ne sais pas comment dire ce film sans travestir ce qui s’est produit dans cette salle de cinéma. Je vais tenter de paraphraser Tommy «nous nous sommes donné le temps de prendre soin de nous.»

Nous avons parlé du temps, de la solitude, du sens, du lien précieux avec la terre. Du suicide aussi. Et c’était bouleversant. Et je me suis souvenu de ce que je me répète toujours : il y a une clef vers la lumière dans la proximité avec les jardins, les forêts, avec la terre. Il y aussi une clef vers la lumière dans les moments que nous prenons pour les contempler et nous en étonner sans cesse.

Merci Tommy, merci Yvon, merci Thierry et tous les autres artistes inspirants et vrais qui se reconnaîtrons dans ce texte.

C’est pas toujours simple d’y arriver. Mais le monde a besoin de vous. J’ai besoin de vous!

Hey! By the way! Ce texte contient 1059 mots!

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