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Photo d’Olivier Lauzon empruntée à l’adresse suivante : http://montrealcampus.ca/2012/05/la-ma-nue-festation-du-16-mai-en-photos/

Ce soir, je surfe sur ces textes de Bertrand Laverdure et d’Yvon Rivard que j’ai lus hier et qui m’ont tellement bouleversée : Je ne suis rien avant la #manifencours (Laverdure) et Penser la solidarité (Rivard)

Pourquoi ce billet de Laverdure m’a à ce point remué? Pour cette phrase entre toutes je crois : «espérant, fou d’une joie indicible qui ne dirait rien de plus que son extravagance si je tentais de la décrire» Oui pour cette phrase magnifique qui exprime l’impossibilité de dire tout ça qui s’agite en nous depuis le début de ce printemps. Ce sentiment extatique d’être avec les autres pour une même idée, pour les mêmes valeurs. De sentir au-delà des mots, des normes et des dogmes que nous sommes animés par des aspirations semblables et que le langage lui-même que nous affectionnons tant, nous auteurs, faillit à exprimer (en passant je m’en crisse que ma syntaxe soit mauvaise, je l’ai relue 4 fois la phrase pis je ne vois pas comment le dire mieux que ça. En plus le langage, n’en déplaise aux puristes, est fait pour être malmené au même titre que toutes les autres structures that’s it).

Je me suis souvent désintéressée de conversations sur le «conflit» étudiant parce qu’elles tombaient dans des considérations chiffrées, matérielles, des références tellement concrètes qu’à elles seules elles annulaient tout espoir d’utopie. Trop souvent, j’ai eu l’impression d’être à court d’argument, dépossédée de ma langue et de mes idées parce que ma pensée demandait du temps, mais surtout parce qu’elle s’articulait en dehors des canons de la réflexion rationnelle comme on l’envisage aujourd’hui. J’ai eu l’impression d’être inculte, mal informée, me suis sentie humiliée, incapable de structurer ma pensée. Mais aujourd’hui, je me réclame de cette défaillance et contre les mots «désorganisé» ou «déstructuré» j’opposerai les termes «intuitif» et «inspiré». Et j’aurai l’arrogance de clamer que dans ce désordre se trouve peut être un élément de réponse aux souffrances humaines. Je suis incapable de me sentir interpellée par une discussion ou une réflexion à l’intérieur de laquelle le pragmatisme tue l’utopie. Parce que je me suis graduellement rendu compte que penser un monde meilleur ne peux se faire qu’en sortant complètement des paradigmes actuels. Je crois qu’il faut casser nos vieux automatismes de réflexion pour arriver à vivre mieux ensemble sur cette terre. Et par là je veux dire mettre la masse dans les images collectives que nous nous faisons du couple, du pouvoir, de la famille, de la propriété, de la démocratie, de la liberté, de l’accomplissement, du bonheur name it! Bref le mot qui se rapproche le plus de l’idéologie que je porte est peut-être «anarchisme», mais mon «anarchisme» est non violent qu’on se le tienne pour dit. Je ne me suis pas fait tatouer un signe de peace laitte entouré d’un soleil à 17 ans pour changer d’idée en cours de route.

Pourquoi les artistes sont si inspirés pas les soulèvements, les révolutions, les déferlements du changement? Parce qu’ils nous permettent de rêver et de croire que le monde pourrait être, à l’image de nos œuvres, libre de suivre le sourire aguichant d’une intuition.

Depuis le début du printemps québécois j’ai retrouvé le sens. J’ai retrouvé assez de foi pour me raccrocher au monde dans lequel je vis. Dans les rues courent des gens nus et rouges, des bananes rebelles et des anarchopandas. Partout à travers la province voire même le monde, des gens tapochent sur des casseroles en souriant. La poésie, seule manière libre de repenser le monde car elle ne connaitra jamais le joug des règles, a reprit sa place et danse seins nus dans tous les quartiers de mon pays.

Je suis loin de détenir l’ombre d’une proposition pour sortir de ce conflit. Pire encore, je pense qu’il est préférable pour le bien de l’humanité que nous ne sortions pas de ce conflit qui dépasse depuis longtemps la hausse des frais de scolarité. Il doit s’éterniser ce conflit et continuer à déferler au-delà des limites du Québec, car il nous faut du temps et beaucoup d’espace pour repenser le monde.

Il y a pourtant deux ou trois petites choses que j’ai envie de subtilement suggérer :

La liberté ça commence dans la tête.

Et si le monde idéal ne reposait que sur une simple intuition…

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