Mots-clefs

, , , , , , ,

Nicole n’arrivait pas à s’endormir. Il faisait trop chaud dans la maison. À cause du chauffage au bois. Elle et Thomas avaient fait l’amour dans le lit. Elle n’avait pas pris de douche après. L’intérieur de ses cuisses et de ses fesses étaient collants. Il y avait du sperme sur les draps. Elle ne les avait pas changés. Elle s’était contentée de mettre une serviette par-dessus la tache. Elle se demandait pourquoi la souillure se retrouvait toujours de son côté du lit. Ses cheveux étaient emmêlés derrière sa tête à cause des mouvements de va et viens. Sa peau lui démangeait mais elle se retenait pour ne pas se gratter, elle ne voulait pas réveiller Thomas, pour ne pas qu’il l’étreigne à nouveau. Il dormait en respirant trop fort. À la limite du ronflement. Ça la rendait folle. Elle passait de longues minutes d’appréhension à se demander à quel moment il allait se mettre à ronfler pour de bon. À quatre heures du matin, elle a décidé d’aller prendre une douche. C’était l’unique façon d’enfin arriver à trouver le sommeil.

Sous le jet d’eau, elle a fermé les yeux. Puis a lavé son corps en entier. Elle s’est attardée longtemps sur son sexe pour se débarrasser complètement de l’odeur de sperme. Elle s’est arrêtée quand la texture visqueuse de ses lèvres a été remplacée par celle lisse d’une peau lavée par trop de savon. Elle s’est séchée et est retournée au lit. Elle a enfin pu s’endormir, alourdie par le calme de l’eau.

Lorsque le réveil a sonné à 6h30, Thomas a grogné. Elle a eu envie de pleurer. Mais elle s’est levée. Elle a enfilé une chemise de nuit Tweety Bird en coton blanc presque transparent à force d’avoir été usée par les nombreux lavages. Dans sa chambre, Mathilde dormait encore. Il fallait la préparer pour l’école. Elle a déposé sa main sur les fesses de la petite et l’a caressée par-dessus la couverture. L’enfant se tortillait en faisant une moue ensommeillée.

–          Tu vas être en retard à l’école Mathilde.

–          Mmmmmm….

–          Lève toi mon cœur.

–          Mmmmmmmmmm…

Nicole a tiré les couvertures, a glissé ses mains sous les aisselles de la petite qui continuait de gémir et l’a tirée du lit pour la poser debout sur le tapis, le corps chancelant dans son petit pyjama rose aux motifs d’oursons. Elle se trouvait cruelle. De contraindre une enfant de six ans à se lever si tôt. Mais c’était ainsi et pas autrement. Alors il fallait se résigner. Les cheveux très fins de Mathilde étaient à demi dressés sur sa tête à cause de la statique des draps. Elle se frottait l’œil avec la main droite alors que son bras gauche restait ballant le long de son corps comme si elle était trop épuisée pour actionner les deux. Nicole l’a soulevée dans ses bras. L’enfant a niché son visage dans le cou de sa mère qui a pris une grande bouffée. Ça sentait l’enfant ensommeillé. Elle adorait cette odeur. Elle a installée la petite à sa place habituelle autour de la table et a déposé devant elle un bol de Fruit Loops et une banane en rondelles. L’enfant mangeait en silence. On entendait la cuillère tinter contre le bol Elmo. On entendait la machine à café qui crachotait doucement son liquide brun et réconfortant. Le bruit du quotidien.

Adossée contre le comptoir, Nicole regardait par la fenêtre la neige qui tombait. Parfois une bourrasque agitait les flocons. Aujourd’hui, elle irait au centre-ville pour les courses de Noël. Elle n’avait plus le choix, elle avait déjà trop attendu.

L’enfant a repoussé son bol de céréales. Deux ou trois anneaux colorés flottaient encore à la surface du lait qu’elle n’avait pas fini de boire. Elle a tendu ses petits doigts vers un morceau de banane et en a pris une bouchée du bout des dents. Elle le mâchouillait avec si peu d’appétit qu’on l’aurait crue prête à le recracher à tout moment.

-Force-toi pas si t’as pu faim. Viens, on va aller t’habiller.

Elle a glissé sa main dans celle de sa fille et l’a entraînée à sa suite dans le corridor qui menait aux chambres.

-As-tu envoyé ma lettre au Père-Noël?

-Non maman l’a pas encore envoyée. Mais maman a affaire en ville aujourd’hui, elle va acheter des timbres pis la poster en même temps.

 

Ce soir là, en rentrant de l’école, Mathilde a trouvé sa lettre au Père-Noël que sa mère avait oubliée sur la table de la cuisine. Elle était très déçue et attendait son retour pour lui en faire le reproche. Mais voilà, Nicole n’est jamais revenue de ses courses.

 

 

Publicités