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Hier, en parcourant le sentier de raquettes, j’ai eu une idée. Elle était limpide. J’aurais dû l’écrire tout de suite, parce qu’elle s’est envolée. J’y suis retournée aujourd’hui, dans le sentier, mais comme jamais la même femme ne parcourt deux fois la même piste, elle n’était plus là.

Je sais que c’était à propos de l’acte d’écrire et de la pudeur. L’idée était dans ma peau. Ça m’arrive parfois. C’est mon corps tout entier qui comprend quelque chose et je le ressens partout dans moi vivante. Ça se promène dans mes veines, dans mes cheveux, dans mes poils qui se dressent, dans mon ventre, partout. Et je comprends comme on orgasme.

Mais aujourd’hui, il ne m’en reste que quelques soubresauts.

Que je veux dire malgré tout. Alors, pardonnez chers lecteurs, le côté fin de baise de ce texte, allumez-vous une cigarette ou servez-vous un bon verre de vin et lisez comme on décante.

De la pudeur. Parce que chaque fois que je me retourne pour prendre le temps de voir ce que j’ai dévoilé, je suis prise d’un grand frisson d’angoisse. Que me reste-t-il? Qui n’est pas à vous, qui ne vous a pas été offert. Et bien tout, chers lecteurs. Tout moi, mon jardin complet dont la porte reste verrouillée. J’ai bien cueillis quelques fleurs, dont j’ai fait un bouquet pour vous l’offrir. C’est un cadeau, un don, un peu de cette lumière que j’ai réussi à emprisonner dans la corolle de cette rose ou dans le parfum des ces pois de senteur. Je le cultive pour vous et je choisis pour chaque texte la fleur qui convient.

Oui, je sais, mes métaphores sont quétaines, mais sachez que je suis une jardinière passionnée et que je n’ai jamais rien trouvé de plus précis qu’un jardin pour dire la fragilité et l’abondance du paysage intérieur de quelqu’un qui écrit.

Bref, je choisis ce que je donne. Je l’arrange à ma façon pour qu’il puisse dire ce que je veux qu’il dise. Il est impossible, en écrivant, de ne pas laisser aller d’énormes pans de soi. Même les auteurs les plus loin de l’autofiction, ceux qui écrivent des histoires imaginées de toute pièces en dévoilent autant sur eux-mêmes que ceux qui, comme Christine Angot, racontent leur vie, tout simplement. (Oui, c’est réducteur. Non je n’ai pas l’impression qu’Angot ne fait que raconter sa vie, mais comme ce texte ne se veut pas une analyse de son œuvre, je me contenterai de cette phrase). Au bout du compte, ces histoires servent le même but : dire quelque chose de l’existence humaine après qu’elle soit passée par le corps de l’auteur.

J’ai fracassé un à un, tous les murs qui m’empêchaient d’écrire parce que : «qu’est-ce que le monde va penser?», «ça se dit pas ces affaires-là», «j’vais avoir l’air d’une exhibitionniste». Il en reste encore trop, Rome ne s’est pas détruite en un jour.

Je suis peut-être impudique. Mais certaines choses ne peuvent être dites que lorsqu’on se retrouve complètement nus. Offerts. Vous devez bien le savoir, vous qui venez de finir votre cigarette d’après l’amour.

 

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