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Les vagues devant moi s’abandonnent sur le gravier. La mer se laisse mourir sur l’immuable de la grève. Je regarde autour de moi. Le ciel est à la pluie, texturé de nuages dont le multiples teintes se fondent les unes dans les autres. Les éoliennes au loin sont immobiles. Il n’y a pas de vent. Le phare continue de clignoter. Il ne s’est pas éteint de tout l’hiver. La vie a pris un temps d’arrêt. Ici, devant elle je respire. Assise sur cette petite roche grise, entièrement repliée sur moi-même, j’offre mon attention à cette page, toute concentrée que je suis à tenter de créer de la lumière. J’ai mal au coccyx. Je goutte à l’expérience humaine. Être vivant c’est être désespéré de beauté. Je vais donner mon amour à ces lignes, je vais donner mon amour à ces êtres et à ce temps. Je me penche pour ramasser un petit morceau de verre poli. Il est blanc et translucide, de forme ovoïdale, il laisse passer à travers lui la lumière. Je veux être comme ce morceau de vitre polie. Compacte, sculptée par le temps, définie par les intempéries et malgré tout continuer à laisser passer la lumière. Je pense à Virginia Woolf. J’ai froid, j’ai le bout du nez gelé. Je vais retourner aux autres, j’ai soif d’eux. La vie est éternelle, il n’y a que nous qui soyons mortels.

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