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Ici, dans le fond de ce rang, il y a la solitude… Je suis dans la maison, mais j’entends le vent qui se plaint dehors. Ici, il y a aussi la solitude d’après la cassure d’amour… Cette solitude désœuvrée qui a perdu quelque chose… Celle du manque… Parfois, lorsque j’écris, elle se transforme en solitude de la plénitude. Mais quand je dors en diagonale, que j’ai l’impression de me perdre dans le lit et qu’au lieu d’un baiser de l’homme aimé, ce qui me réveille le matin c’est le chien qui a envie de pipi, c’est une solitude du manque. De ce qui n’est plus là.

Parfois il faut sortir pour aller au travail… Le mercredi soir j’affronte mes 45 minutes de routes habituelles pour aller faire la mise en scène d’une troupe de théâtre collégiale. C’est toujours la même rengaine : il faut que je me botte les fesses pour y aller: me doucher, m’habiller, me pomponner, me friser. Puis, sortir, franchir les congères de neige en bottes à talons hauts dans la noirceur totale pour aller attacher le chien. Ensuite déneiger la voiture et geler plusieurs minutes parce qu’elle prend une éternité à se réchauffer…

Pourtant, lorsque je franchis les portes du théâtre de poche, la magie opère d’un coup! Ils sont tous là, les gamins, avec leurs sourires magnifiques, leur enthousiasme débordant, leur folie juvénile! Ils sont habillés de toutes les couleurs, portent des tuques à oreilles d’animaux, parlent de Pikachu, ou d’une conférence sur le siècle des lumières, grattent la guitare pendant les pauses, marchent sur les mains, me racontent leurs vies, m’inspirent… Et en plus, ils font du théâtre comme des grands! Ils sont concentrés, sérieux, ils travaillent comme des fous et sont toujours prêts à recommencer pour mieux faire! Nous montons du Feydeau et ils sont extraordinairement drôles, ils ont un naturel époustouflant, jouent, essaient, se jettent dans le vide, balancent l’orgueil par les fenêtres!!! Je confonds tout le temps leurs noms avec celui de leurs personnages. Ils ont donc, le temps d’une année scolaire, deux prénoms, deux personnalités, deux corps, deux vies! Et tout ça coexiste dans ce lieu sacré qui est le nôtre, cet espace de jeu où ils me font l’honneur de m’offrir ce qu’ils ont de meilleur! Alors voilà, je les aime ces gamins, ils ont tellement de choses à m’apprendre ces gamins. On a souvent tendance à dire que les jeunes sont l’avenir, ça nous fait peut-être oublier qu’ils sont le présent surtout et que c’est ça qui compte vraiment!

En plus, hier soir, ils m’ont dit que je paraissais à peine 25 ans… Ils sont parfaits ces gamins!

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