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Lundi le 15 novembre 2010. À la brûlerie. Il a plu aujourd’hui. Il fait froid.

Au mois de février 2009 j’ai pris le clos en char. Ce n’était pas une aventure. J’ai failli me tuer. Mais c’est pas parce qu’on frôle la mort qu’on vit une aventure. Faut que ta vie soit plate en esti pour que la seule chose intéressante que tu trouves à raconter à tes amis c’est ton accident de char ou ben la fois où tu t’es faite opérée pour te faire enlever la vésicule biliaire. C’était mon cas en 2009. Ça ne l’est plus.

En février 2009, j’étais cuisinière dans une auberge de fond de rang. Je passais mes journées toute seule, j’avais même pas de char pour aller faire des commissions au village. Je demandais toujours l’avis de mon chum pour sortir. Je pensais sincèrement qu’adopter un chien était la plus belle chose qui m’était arrivée parce que je me sentais moins tu seule. J’étais en couple depuis neuf ans. J’avais une peur maladive de faire des enfants. J’avais arrêté d’écrire complètement…

Là j’me suis plantée en char.

Puis, il y a un homme qui m’a ravie. Comme dans le Ravissement de Lol V. Stein. Ravie dans le sens de «transporter par extase mystique»! Après mon accident, il m’a déballé son sac et on est devenus amants. Je me suis mise à ruer. Mon corps était plein. Ma tête tournait comme une vieille laveuse à spin! Je hurlais dans mon char. J’ai fait une dépression. J’ai refusé la médication. Je suis retournée sur les bancs d’école. J’ai perdu 45 livres. J’ai recommencé à écrire.

Le 13 juillet 2010, à cause d’un épisode que j’omets délibérément de raconter, j’ai laissé mon chum. Ça été le moment le plus (y’a pas de mot à mettre là) de ma vie. Une mort. Mon père me tenait par la taille pour que je reste debout. Il y a eu de longues secondes de silence et de sanglots puis ces paroles : «Entre toi et moi c’est terminé et c’est sans appel». Après, dans le truck, mon père a pris ma petite main tremblante d’intellectuelle dans sa grosse patte de bucheron. «C’est une nouvelle vie qui commence ma fille.»

Lundi le 15 novembre 2010. À la brûlerie. Il a plu aujourd’hui. Il fait froid. L’aventure c’est aujourd’hui. Elle débute maintenant. Je mange ma p’tite soupe aux légumes sans appétit. Mes voisins de table parlent de sonnerie de cellulaire et de René Lévesque. Ils m’ont offert du sucre à la crème. J’en ai pas pris, j’ai mal au cœur. La musique qui joue, c’est Comment te dire Adieu de Françoise Hardy. Marc-André Hébert vient de ramasser mon plateau. À soir, j’m’en vas animer un show de poésie pour démarder Florence Côté-Parent. Ce matin j’étais triste. Je me sentais seule. Mais je m’acharne à être de bonne humeur, parce qu’une vie on en a rien qu’une et l’aventure c’est le point de vue qu’on adopte pour la vivre. J’ai failli me tuer en 2009. Mais là je suis vivante et ma vie commence. C’était ça que j’avais envie de dire à soir.

Je m’appelle Stéphanie Pelletier. J’ai trente ans. Je sais qui je suis. Tout ce que j’écris est vrai.

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