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Jeudi dernier j’ai croisé un homme. Je n’avais jamais vu des yeux pareils. Je me souviens de l’endroit exact où son regard m’a explosé les trippes. C’était en dessous du grand escalier de l’hôtel Rimouski. J’étais déjà raide dingue de lui. J’ai passé tout mon week-end au salon du livre. Lui aussi. J’animais une émission pour Cogéco Câble. Il travaillait au kiosque de la maison d’édition L’Avenir. Chaque fois que nos chemins se croisaient, je lui offrais un sourire béat auquel il répondait gentiment. Je le trouvais époustouflant! Ça débordait de partout. J’essayais de me convaincre de lui parler. De lui dire que je le trouvais beau! Mais la p’tite crisse de voix fatigante à l’intérieur de moi me répétait sans cesse :

 – Ouin mais chanceuse comme je suis, il va être marié ou gai!

Et je m’auto répondait : 

– Ç’pas grave osti! Au pire j’y répondrai que ça l’empêche pas d’être beau pareil!

Je ne compte pas le nombre de minutes que j’ai passées, plantée debout au milieu du parking devant mon char, à regarder dans le vide, avec une face de truite, à essayer de me convaincre de retourner sur mes pas pour lui dire : «T’es beau!» 

-Criss t’es beau! Solange! Ç’pas compliqué dire t’es beau! T’es ben niaiseuse maudit!

Rien à faire! Je n’y arrivais pas! Samedi soir, je suis restée à Rimouski pour assister à la Soirée Haïti. À la fin des lectures, je suis allée au bar de l’hôtel pour prendre un verre avec mon cousin poète qui écoutait le hockey. Quand je suis entrée, c’est LUI que j’ai vu assis à une table avec une demie douzaine d’autres personnes. Il m’a fait un beau grand sourire. Le genre de sourire très clair, pas du tout ambiguë qui veut dire : «Viens donc t’assir ma belle!» Mais comme je suis la dernière des connes et que mon cousin poète amateur de hockey n’était plus là, j’suis partie! Aaaaaaaaaaaaaaargh!!! Aaaaaaaaargh!!! Taaaaaaabarnak! Ok, j’habite à quarante-cinq minutes de route de Rimouski. Oui il était tard et j’étais fatiguée. C’est vrai que mon pauvre chien gelait dehors sous la pluie. Mais j’aurais dû rester, j’aurais donc dû rester! Pendant les soixante-six kilomètres qui me séparaient de chez moi, j’ai fessé sur mon volant de char en m’engueulant comme du poisson pourri!

En arrivant au salon dimanche, j’étais plus déterminée que jamais. Je recevais des auteurs de L’Avenir en entrevue. J’allais devoir lui parler de toute façon. Dès que je suis arrivée au kiosque, j’ai aperçu Patrick Cardinal que je devais rencontrer pour une pré-entrevue. Je me suis dirigée vers lui, mais je n’ai pas eu le temps de me rendre. Le plus bel homme de la terre m’a barré le chemin. Le sosie de M. Darcy dans la dernière version de Orgueil et Préjugé m’a presque bondit dessus en me tendant la main pour que je la serre :

– Salut on ne s’est pas encore présentés, je m’appelle Adam Desrosiers!

– Salut Adam, moi c’est Solange!

– Enchanté Solange, je voulais te dire… Je te trouve vraiment très belle!

Et vlan! Baaaaaaaang! Kapow! Je suis repartie du salon du livre avec un signet de la maison d’édition L’Avenir ornementé d’un numéro de téléphone et d’un courriel. Quelqu’un m’a fait remarquer en sortant que j’avais les joues bien rouges. J’ai mordu le volant de mon char pendant quarante-cinq minutes et je me cherche désespérément une bonne raison d’aller à Montréal au plus criss!

Oh et vous aurez bien compris que ne m’appelle pas vraiment Solange…

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