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Parce qu’il en faut des plus tristes. Parce que c’est la proximité du malheur qui rend le bonheur si vif. Parce que j’ai un excellent givrage sucré, mais je suis aussi riche en fibre… Voici un texte qui m’a arraché des morceaux d’âmes à la rédaction…

Mes parents m’ont envoyée ici pour que je me remette de toi. Ils m’ont prêté leur belle voiture. Ils m’ont donné beaucoup d’argent. Je dors dans cet hôtel chic, je mange dans les restaurants, je me prélasse au bord de la piscine, je ne fais rien. Je lis.

Tu m’as brisée. Je t’ai laissé faire. J’ai participé au massacre. La semaine dernière je me suis fait du mal. J’ai enfoncé mes ongles dans la chair de mon avant-bras jusqu’à ce que j’en saigne. Les thérapeutes disent que c’est une réaction «normale», que la douleur du corps fait oublier celle de l’âme, c’est pour ça que j’ai soif de me meurtrir. Je m’étrangle aussi souvent. J’appuie mes mains sur ma gorge jusqu’à ce que ça me fasse très mal. J’essaie d’étouffer un cri. Un hurlement qui vient d’un endroit si profond, qui touche à l’essentiel, à l’origine de ce que je suis. Ce besoin là de souffrir, ça ressemble au désir, ça agite tout le corps. Ça tire. À Oprah Winfrey, j’ai vu une fille qui s’automutilait. On la présentait comme une aberration. Ça m’a donné l’impression d’être définitivement bousillée. 

Tu m’as rendue folle. Je ne suis pas comme ça, ça n’est pas moi. Je suis perdue dans le cauchemar que tu as construit dans ma tête. Je fais des crises de paniques tous les jours, même en dormant. La semaine dernière, ma mère a voulu appeler une ambulance. Ce que j’ai vu dans ses yeux. La terreur. Ça m’a saisie. Ça m’a donné mon dernier instant de lucidité. Je m’y suis accrochée. Je ne voulais pas être internée contre mon gré. Je ne voulais pas qu’on me force à prendre des médicaments. Je veux être la seule responsable de ma guérison ou de ma mort. Je veux garder le contrôle sur ce que je suis jusqu’à la fin.

J’ai compris. Dans les yeux de ma mère, j’ai compris. Que ça n’étais plus possible. Qu’il fallait que sa finisse. Que si je continuais à m’accrocher j’allais disparaître.

Je t’ai quitté le lendemain. Mon grand amour. Ma belle passion. Toi qui es gravé dans ma chair. Je t’ai regardé droit dans les yeux et je t’ai dit que ma décision était sans appel.

J’ai renoncé à nos soupers tartares qui se terminaient toujours en débats interminables sur le sens de la vie. J’ai renoncé aux siestes d’après-midi où, attendrie, je te regardais te caresser le flan en dormant. J’ai renoncé à ton sourire émerveillé lorsque tu me regardais sauter de bonheur en mangeant mon premier radis de l’été. J’ai renoncé à ton corps chaud qui entourait si bien le mien. J’ai renoncé à tes caresses dont je pouvais deviner d’avance la trajectoire sur ma peau…

Pour vivre…

Le soleil me chauffe tellement, que mon ventre appuyé contre le plastique de la chaise longue est plein de sueur. Ce matin ,j’ai découvert des marques de bikinis sur mon corps nu. Le bronzage, je trouve ça obscène. C’est comme avoir une illusion de vêtement qui ne cache rien. J’ai au moins retrouvé l’air d’être vivante. J’ai gardé des photos de mon visage après mes crises. Parce que je ne veut pas oublier… Je me retourne sur le dos. Je sens une présence au dessus de moi. Je place une main sur mes yeux pour faire de l’ombre et bien distinguer son visage. Il est beau. C’est mon ami Laurent. Je l’ai invité à venir faire de la piscine avec moi. Je lui souris.

–          Salut toi!

–          Salut ma belle!

On s’embrasse sur les joues. Il s’installe sur sa chaise. Ce soir je vais faire l’amour avec lui. Parce que je dois me réapproprier mon corps. Parce que j’ai besoin de savoir si j’en suis encore capable…

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