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C’est une super journée d’automne aujourd’hui. J’ai entendu le camion de mon père arriver ce matin. La plupart de ses terres à bois son sur mon rang. Il doit être allé bucher. J’ai fait du ménage tout l’avant midi. Le chien soupire encore. Je dois être de loin le maître le plus emmerdant de la vie! Vers onze heures j’entends le bruit du quatre roues de mon père qui revient. Je me dépêche à m’habiller pour aller le trouver dehors. J’ai deux ou trois trucs à lui dire, des choses pratico pratiques, banales mais nécessaires. En arrivant dehors, je réalise que mon voisin m’a devancée. C’est l’ami de papa. Ils font les sucres ensemble, ils «bagossent», ils boivent la bière du break, bref ils sont unis par de nombreux intérêts communs. Mon père, qui m’a vue arriver derrière lui, m’invite à les suivre dans la grange. «Viens t’en avec nous autres Phanie, on va jaser!» Je m’exécute, même si ce que j’ai à demander ne prend que trente secondes. Ils discutent des innovations extraordinaires que le voisin est en train de faire sur la bâtisse. Il y installe un pont levis pour pouvoir grimper le quatre roues et autres motorisés de tout acabit au deuxième étage. Je me demande à quoi va bien pouvoir servir le premier dorénavant. Ils discutent de la manière d’enlever les poulies sur la porte de la grange pour les réutiliser. Il faut arriver à faire descendre les poids de ciment jusqu’à terre sans s’estropier. Et bla bla bla, et bla bla bla. Dois-je préciser que mon voisin est un conteur. Donc, une chose banale, en plus de devenir trois fois plus intéressante à raconter, prend trois fois plus de temps. Je ne dis pas un mot, je n’ai pas le temps. Pour m’occuper pendant leur grande conversation d’hommes, je me penche vers Crocus, la chienne de mon père, et je commence à la caresser. Je découvre avec joie que lorsque je la secoue avec mes deux mains, son gras se promène sur sa cage thoracique. Je prends un malin plaisir à «brasser l’gras du chien» et ça me donne une idée. Ça pourrait devenir une belle expression, lorsque deux personne parlent et que la troisième ne trouve rien à dire, on pourrait dire : «je suis en train de brasser l’gras du chien» ou «c’était vraiment plate, j’ai brassé l’gras du chien toute la soirée!»

 

Enfin, la conversation semble prendre fin. Mon père nous invite à le suivre pour voir la nouvelle installation qu’il a faite sur son quatre roues pour que le chien puisse grimper à l’arrière. Pas étonnant qu’elle soit grosse! Papa, qui semble avoir lu dans mes pensées, s’exclame en partant de son grand rire généreux «Faut ben que j’la ménage un peu, a vieilli c’te pauvre fille!» Sur ce il fait grimper le chien, démare le moteur de son engin et j’ai à peine le temps de lui hurler : «Retournes-tu dîner au village?» «Non!» Et le voilà parti! Une chance que ce simple «non» répondait à toutes mes questions à la fois, sinon j’aurais passé une demi-heure à brasser l’gras du chien pour rien!

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