Sex in the country

Vedette

Copyright Karine Bélanger

Mettons d’abord une chose au clair : ceci n’est pas un blogue érotique ou sexuel (dans mes rêves!) alors messieurs rangez vos mouchoirs!!!!!!! Ceci est un blogue de quoi? Partage d’anecdotes (des vrais et des faux, faites le tri vous-même), partage de mes moments d’inspiration littéraire (oui je vous ferai subir mes illuminations créatives, si cela vous blesse l’œil, passez à l’article suivant je ne vous en tiendrai pas rigueur), partage de mes aventures amoureuses (si j’en ai, sinon j’en inventerai de croustillantes promis!), partage d’opinions et de petits instants de vie, partage de trouvailles culinaires et recettes (parce que c’est bon manger et que je fais ça très bien!), partage de trouvailles glamour ou mode!

Mais surtout, les hauts et les bas de l’existence d’une jeune trentenaire célibataire artiste de métier qui a choisi de faire sa vie dans un rang reculé de la campagne gaspésienne ou bas-laurentienne selon votre allégeance!

Voilà, je pense que ça fait le tour alors : Bienvenue dans ma version toute personnelle de Sex and the city : «Sex in the country» où l’aspect reculé du 5ème rang de X ne sera jamais un obstacle au glamour!

Pour me suivre ou pour communiquer avec moi grâce à facebook, voici ma page officielle!

https://www.facebook.com/Pequenaude

Un site internet avec des infos et des nouvelles sur mon (un jour peut-être mes) livre et ma carrière littéraire : www.stephaniepelletier.com

La fin

Parce qu’il faut savoir passer à autre chose dans la vie. J’annonce officiellement la fin de ce blog. Il restera en ligne. Mais pour continuer de me suivre et pour lire mes nouveaux articles voici les adresses à suivre. Mon nouveau blog : pequenaude.wordpress.com et ma page facebook officielle : https://www.facebook.com/Pequenaude

Salut à toi petit samedi matin tout rond!

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petit matinSalut à toi cher samedi matin tout rond ! Premier samedi matin depuis trop longtemps, où l’on s’assoit au bout de la table de la cuisine avec des crêpes qui collent le bout des doigts. Où l’on entend l’homme, perdu entre ses cahiers du Devoir week-end, gronder son étonnement, son mécontentement, sa curiosité. Où l’on écoute Norah Jones, musique facile toute désignée pour ne pas déranger la douceur du réveil qui s’éternise.

Tu fais tomber les glaçons du toit, petit samedi matin tout rond, annonciateur du printemps. On les entend finir leur chute en se fracassant contre les bardeaux de la maison. Tu as même poussé le soleil en bas de son lit pour qu’il envoie ses rayons à travers nos fenêtres et que nous nous exclamions en cœur «le soleil est sorti !!!». Depuis le saut du lit, tu nous offres tes promesses, tous ces projets dignes d’un samedi parfait ! Nous allons faire des semis, puis nous irons taper le sentier de raquettes et nous emmènerons Wendy en espérant que cela suffise à ce qu’elle nous pardonne tous les autres matins où nous l’avons délaissée au profit nos tâches d’adultes sérieux et occupés, ensuite nous cuisinerons pour les invités précieux que nous attendons ce soir, des tartares et des salades que nous arroserons avec un petit peu trop de vin, juste un petit peu trop.

Mais tu n’es pas parfait, petit matin doux-amer, tu m’as brisé le cœur aussi. Tu sais une nuit cette semaine, j’ai rêvé à quelque chose de terrible. J’ai rêvé que je vivais dans un monde où les femmes ne pouvaient plus choisir leur destin, dans un monde où s’adresser à elles en leur manquant de respect était devenu la norme. J’ai rêvé d’un monde où l’on considérait que le ventre des femmes appartenait à la société et où on les contraignait à se soumettre aux politiques de natalité. J’ai rêvé que les femmes ne se possédaient plus. Et que je me tenais debout au milieu de ce monde, interloquée, seule, à porter ma certitude que nous sommes tous égaux. Puis, en me réveillant, j’ai d’abord cru être soulagée. Comme lorsqu’on s’éveille d’un cauchemar horrible et qu’on se retourne pour enfouir son nez dans le cou de l’être aimé, toujours là, bien vivant, tout chaud et grommelant à côté de nous. Puis, je me suis rendue compte que le malaise ne voulait pas me quitter, que la délivrance ne venait pas. En vain, je me suis demandé pourquoi.

Et c’est toi, petit samedi matin cruel, qui me le rappelle si durement.

Les lois sur l’IVG au Texas et en Espagne. Le nombre de fois où je peux lire «salope» en commentaire un peu partout dans le merveilleux monde du 2.0. Le viol comme arme de guerre en Syrie. Les soirées des dames dans les bars qui misent sur les jeunes filles saoules pour appâter la clientèle masculine. La place des femmes écrivaines en littérature (1/3 des livres publiés, 1/3 des critiques dans les revues et journaux). Mon correcteur automatique qui souligne effrontément en rouge le mot écrivaines parce que j’y ajoute un E! Une phrase sur twitter «je suis chanceuse, je n’ai jamais été violée, j’ai eu très peur deux fois dans les rues de Montréal la nuit, mais je n’ai jamais été violée.»

Tu sais petit samedi matin sadique. Ce rêve n’était pas un cauchemar dont on se réveille soulagée. C’était l’illustration d’un sentiment que j’éprouve, constamment et qui m’use.

Nous glissons, un peu plus chaque jour, nous glissons. Et je ressens cette impuissance frustrante, cette intuition que je n’ai rien à attraper pour nous retenir. Qu’il suffirait d’une pente un peu plus raide, une catastrophe écologique, un climat de guerre, pour que nous retombions pour de bon et nous nous retrouvions enfermées dans nos ventres.

Je vais citer une phrase que j’ai lue sur facebook ce matin (je m’excuse, je ne me souviens pas qui l’a écrite) «le 8 mars n’est pas une fête». Non parce que nous n’avons aucune raison de nous réjouir.

Mais comme la plupart d’entre nous, j’ai attendu cette journée pour parler. Pourtant, cette certitude, je la porte, elle est si imprégnée en moi que ça me heurte chaque fois qu’on me demande de la justifier.

Je suis féministe et j’ai raison de l’être.

Maintenant, si tu le veux bien, petit matin tout rond, je retourne à mes semis, à l’homme qui gronde dans son Devoir, à mon sentier de raquettes, à mes invités précieux, j’ai besoin de panser mes plaies.

Le discours

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Plusieurs personnes m’ont parlé de ce discours. L’impact qu’il a eu sur les gens de chez nous est très précieux pour moi. Voici la version intégrale suivie d’un lien vers le reportage de TVA Est du Québec si jamais vous voulez voir mon outfit de Rideau Hall. 

«Je remercie le conseil des arts du Canada pour ce bel honneur. Je voudrais également exprimer ma gratitude à deux personnes qui ont été des révélateurs pour moi : Kateri Lemmens professeure à l’Université du Québec à Rimouski et Yvon Rivard mon éditeur qui m’a convaincue d’écrire le livre et m’a accompagnée dans toute la durée du processus de création. Merci à Leméac de m’avoir accordée leur confiance, sans ces maisons d’édition qui misent sur la relève, il n’y aurait pas une telle diversité littéraire. Merci à mes proches, dont la lumière et la sensibilité sont des sources constantes d’inspiration. Merci de tout cœur aux gens de ma région. À ces résistants qui s’investissent sans relâche pour que fleurisse la diversité artistique sur notre territoire dans des conditions économiques et géographiques précaires. Le déploiement de la culture et l’occupation du territoire sont garants d’une pluralité de visions, nécessaires à la vitalité d’un peuple. Et les irréductibles qui continuent d’occuper notre territoire : mes voisins du 5ème rang, les multidisciplinaires de Rimouski, les conteurs de Trois-Pistoles, les médiévaux de St-Marcelin en sont les gardiens. Je ne les en remercierai jamais assez.

J’habite une terre qui m’habite. Je suis auteure et page vierge. Si je ne vivais pas dans le 5ème rang, il n’y aurait pas eu ce livre. Merci donc à cette terre et à ce monde si vaste et beau, sans lesquels nous ne serions rien et que je ne me lasserai jamais de mettre en valeur et de protéger.»

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J’ai mis vraiment épais de mélasse sur mes crêpes

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bottesJ’ai mis vraiment épais de mélasse sur mes crêpes. Mélangée avec du beurre de peanut. En fouillant dans le frigidaire, j’ai cru pendant un instant que je n’avais plus de mélasse. J’ai failli faire une crise d’apoplexie. Mon père fait du maudit bon sirop, mais avoir envie d’une crêpe «beurre de peanut-mélasse», c’est comme avoir envie d’un cornichon : tu remplaces pas ça par un concombre. Le feu m’a donné de la misère ce matin, le bois d’allumage était trempé. Deux ou trois séances acharnées de soufflet, il crépite maintenant… Ou il bouille. Ma deuxième crêpe me regarde avec un air aguicheur, je fais semblant de ne pas la voir, la première m’a donné mal au cœur.

En rentrant chez moi mercredi soir, j’ai failli embrasser les murs. J’en avais vraiment envie. Je me suis retenue parce que mon chum était avec moi et j’avais peur de paraître «to much», mais j’en avais vraiment envie.

Mon mois de novembre a commencé sur les chapeaux de roues avec quatre jours intensifs au salon du livre de Rimouski, suivis de trois nuits à Toronto pour la conférence de presse des GG’s, suivies de cinq nuits à Montréal pour le salon du livre et autres mondanités, suivies de trois nuits à Ottawa pour la remise officielle à Rideau Hall, suivies d’un hit and run à Montréal pour l’enregistrement de l’émission «Tout le monde tout lu», le tout intercalé d’un jour ou deux ici dont je profitais pour rencontrer les médias locaux et mes responsabilités de contractuelle.

J’en ai tu dis des affaires. Sur toutes les tribunes, à toutes les sauces, en réfléchissant beaucoup ou pas pantoute. J’ai vu toutes sortes de citations dans les journaux, il me semblait souvent qu’on retenait ce qui comptait le moins dans mes propos. Ça m’apprendra à parler autant sans trop trier ce qui sort de ma bouche. Parce que tout est vrai, mais c’est encore plus vrai quand on resitue mes affirmations dans leur contexte. En gros, c’est pour ça que j’ai envie de réagir aujourd’hui, alors que la poussière est définitivement retombée. Pour remettre en place les phrases qui venaient avant et après ou pour en inventer d’autres.

«Stéphanie Pelletier dites-moi, qu’est-ce que ça vous fait d’avoir gagné le prix du gouverneur général?»

En vrac :

1-      J’ai juste envie d’écrire encore plus! J’ai passé un mois à parler de mon livre, de littérature, du prochain livre en devenir, de tout ce que j’ai envie de dire, d’exprimer, de créer, sans avoir le temps d’écrire une ligne! Je ne peux pas savoir si le prochain va être aussi bon que le premier, je savais même pas que le premier était si bon que ça, j’écrivais parce que c’est essentiel, parce qu’il le fallait, parce que j’explose si je ne le fais pas. Parce que le monde est beau, parce que la vie dans tout ce qu’elle contient d’absurde, de vain et d’horrible est belle malgré tout. Parce que ça prend du monde pour voir et pour dire ça.

2-      La pression, s’il y en a une, elle vient des autres pas de moi, moi je vais me remettre à écrire de la même manière, assise à la même place, avec les mêmes images et pour les mêmes raisons. Si le prochain livre n’est pas bon, ben coudonc il aura fait partie d’un processus essentiel à la continuité de mon œuvre. Le public voit des livres distincts les uns des autres, moi je vois un immense jardin que je cultive, qui est composé de la même terre et qui fournit des rendements différents selon les précipitations et les heures d’ensoleillement qu’il y a eu cette année en comparaison de l’année dernière. Il est parfois envahi de mauvaises herbes, parfois des verres mangent ses choux, d’autres fois il donne des quantités spectaculaires de petits pois pendant qu’aucune carotte ne voit le jour, mais il y a toujours de la salade.

3-      Non la nouvelle n’est pas un genre mineur. C’est un genre. Si je suis en train d’écrire un roman ça n’est pas parce que je suis mûre pour ma vraie œuvre, c’est par désir. Désir de m’installer plus longtemps dans la même histoire. Point. Si je n’avais pas déjà commencé, je crois que j’écrirais un autre recueil, par défi, pour le pur plaisir de faire un pied de nez à cette manie de hiérarchiser les genres, de comparer, de mesurer ce qui ne se quantifie pas. Le désir d’écrire ne se quantifie pas peu importe la forme qu’il prend.

4-      Je suis honorée de cette précieuse reconnaissance venant de mes pairs.

5-      En gagnant le GG, j’ai aussi gagné une tribune pour lancer un message aux artistes et irréductibles habitants des régions. Plusieurs personne d’ici m’ont dit qu’elles étaient fières de moi, j’ai envie de leur répondre que ce sont eux qui me rendent fière. Je ne voudrais pas que ce combat pour donner une voix aux régions prenne l’aspect chauvin «ville versus régions» qu’on lui attribue trop souvent. Si je porte avec autant de ferveur ce flambeau, c’est que j’ai l’intime conviction que le rythme de vie propre à la ruralité préserve un amour essentiel au bien de l’humanité. Je sais qu’il est capital d’entretenir le lien qui nous unit à la nature et à la terre si nous voulons préserver ne serait-ce que l’idée d’un monde meilleur. Rien ne remplit aussi bien le cœur et l’esprit que le sentiment d’amour profond et  gratuit que l’on éprouve lorsqu’on vit au rythme d’un territoire, lorsqu’on prend soin d’une terre.

6-      WOOOOOOOOUHOUUUUUUUUUUUUU!

7-      Je vais pouvoir m’offrir le LUXE de prendre le temps de créer. En écrivant ces lignes je suis à la fois transportée de joie et profondément déprimée. Si les artistes pouvaient vivre de leur art il me semble que notre société se porterait mieux.

Hier matin j’ai été réveillée par l’ironie. Après avoir passé des semaines à m’ennuyer des nuits et des matins tranquilles et silencieux du 5ème rang, c’est la sauvagerie elle-même qui m’a tirée du lit. Toc-toc-toc. Juste en haut de la fenêtre de ma chambre. Toc-toc-toc. «Woyons esti à matin, c’est quoi l’esti de problème!» Toc-toc-toc. Tourne et retourne, fourre ma tête sous l’oreiller. Toc-toc-toc. «Tabarnak!» Descends du lit. Enfile mes bottes kodiak. Attrape mon manteau d’hiver laitte. Ouvre la porte et sors en pyjama. «Veux-tu ben sacrer ton camp dans le bois pis lâcher ma maison mon p’tit maudit!» Toc-toc-toc! «HEILLE!» Il m’a regardé avec l’air de me traiter de criss de folle et s’est envolé. Toc-toc-toc! «Esti tu me niaises!»…

En faisant le tour, j’en ai trouvé trois, des pics bois, qui grignotaient le bardeau de ma maison. Welcome home Pelletier!

Tant qu’à être réveillée, j’ai enfilé mes jeans et suis descendue chercher les filles en pensions chez mes parents. Cabotine s’est cachée en dessous du lit, elle déteste le transport en cage de plastique. Wendy, quant à elle, ne s’est pas fait prier pour sauter dans l’auto. Même si elle grogne souvent d’ennui devant le feu de foyer, elle se sent chez elle dans la grande maison avec la fille emmerdante qui passe de longues journées en linge mou à taper sur des petits morceaux de plastiques devant un carré lumineux. Les chiens sont fidèles comme c’est pas possible! En ce qui concerne Cabotine, un divan ou un autre, elle s’étend dessus. Tant qu’il y a de la bouffe deux fois par jour…

Ma maison, ma campagne, mes bêtes, ma vie me semblent encore plus belles qu’avant mon départ. J’ai le désir d’écrire dans le tapis, j’ai confiance et j’ai du temps. Je pense que c’est ça l’immense cadeau que m’ont offert les GG’s.

Folle

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fille qui hurleJe venais de laisser un homme que j’aimais encore, je brâillais au bout de la table de cuisine en essayant de manger en même temps, je portais une jaquette de coton trouée avec des motifs d’oursons, j’avais une serviette de Cancun enroulée autour de la tête parce que je sortais de la douche, ma mère se retenait pour pas rire parce que j’étais au cœur d’un terrible drame ridicule comme moi seule sait les concevoir.

Pis tout à coup en gloussant, morvant, mangeant j’ai lâché cette phrase : «J’suis vraiment une criss de folle!»

Folle.

Parce que les abus et l’inceste m’ont pourrie

Parce que je parle à mes plants de tomates

Parce que je me promène toute nue dans le champ quand il fait chaud l’été

Parce que la criss de laveuse rouillée est coincée à spin dans ma tête

Parce que j’aime trop toute, tout le temps, trop, toute, tellement puissant, tellement intense que ça me déchire.

Tellement fort que j’ai envie de manger mon chien tellement je l’aime!

Folle d’une vie que j’arrive jamais à prendre assez fort

À jouir assez vaste

À dire assez juste

Folle esti pour prendre mon char à quatre heures du matin, cette heure d’angoisses insurmontables, cette heure où y’a pas vraiment de soleil, pas vraiment de nuit, pas vraiment de bruit, cette heure de suspension terrifiante,

Folle pour prendre mon char à cette heure maudite, pour sacrer mon camp je le sais pas où et ne jamais en revenir.

Folle qui canalise son énergie de folle dans les mots, dans les p’tits pois, les tomates, pis les pivoines

Folle de n’être jamais assez libre, ni jamais assez prise!

Folle d’avoir tant à dire, tant à hurler, tant à donner pour une vie dont la durée est obscène de fulgurance

Folle d’envie de danser, de boire, de fumer, de baiser, de rire

Mais qui essaie comme une petite fille bien sage de toujours colorier en dedans des lignes

Sans dépasser, proprement

Pour correspondre

Folle qui cherche dans les phrases un sens juste et changeant

Folle qui trouve la plénitude dans un paysage sur lequel elle agit années après années

Qui se répète tous les jours, sans relâche, pour se convaincre qu’elle a le droit d’exister

Qu’au fond au tréfonds, cet inceste, ces abus ont fait d’elle ce qu’elle est et qu’elle doit s’en servir pour créer de la beauté

Folle qui transforme la tache en lumière à toutes ces aubes terrifiantes avant d’aller se recoucher

Folle qui a trouvé dans cette phrase de Cohen, une manière d’enfin réconcilier ce qui, en elle, n’avait jamais voulu tenir ensemble : «There is a crack in everthing and that’s how the light gets in!»

Folle et fière de l’être!

Nuit parfaite (je parle aux légumes)

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Il y a de ces nuits de juin où c’est juste pas humain de rentrer. La rondeur de la lune qui nous nargue. Les clins d’œil des lucioles. Le vent qui fait murmurer tout le paysage. J’ai marché dans le potager, mes souliers s’enfonçaient dans la terre. J’ai regardé les rangs. Je les voyais très bien à cause de la lune pleine. Depuis quelques jours, je me penche sur eux régulièrement pour voir si les graines que j’ai plantées germent. Pour m’assurer qu’elles n’ont pas été dévorées par les oiseaux. Après avoir visité les légumes, j’ai répertorié les nouveautés de cette année sur mon terrain. Un carré de fraises, un autre de fines herbes, trois rosiers, quatre pruniers, plusieurs érables et plusieurs chênes. Un rond de pierres autour de l’orme. Des pensées de toutes les couleurs. Je n’ai pas pu me résigner à entrer dans la maison. Je me suis coulé un verre de vin, j’ai enfilé des vêtements chauds, j’ai allumé toutes les chandelles à la citronnelle du gazebo. Me voici assise dans l’abri à savourer la plénitude de ce lieu que je chéris, que j’investis depuis près de sept ans. Je me souviens du premier arbre que j’ai planté ici. Un marronnier. Ce sont mes arbres préférés, avec leurs larges feuilles et leurs gigantesques grappes de fleurs qui bourdonnent d’insectes au printemps. J’avais planté six marrons, mais un seul a survécu, est devenu un arbre. Chaque année, quand l’été revient, je cours d’une plate-bande à l’autre, d’une plantation à l’autre pour me réjouir de découvrir ce qui a survécu, ce qui repousse. Je parle aux arbres, aux légumes aux fleurs que je plante, je leur parle régulièrement. Je les aime. Et c’est vaste et gratuit.

J’éprouve toujours une grande joie à découvrir un nouveau paysage, un panorama à couper le souffle, mais il ne m’offre pas la même plénitude que celui sur lequel j’agis. Celui sur lequel je peux voir passer le temps. Voir la marque que j’ai moi-même laissée sur sa trame.

Comment se résigner à rentrer alors que le cinquième rang est l’hôte comblé d’une telle nuit.

Il n’y a pas de mots pour dire cette nuit. Une nuit parfaite et rare. De celles qui donnent la foi.

Savoir qu’on passera toute une vie à écrire

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Savoir qu’on passera toute une vie à écrire en espérant qu’au détour de l’une de nos phrases inutiles le lecteur pourra vraiment sentir cette nuit du mois de juin où l’on a découvert, en humant une fleur à la brunante, que les barbeaux affectionnent les lilas.

Pendant ce temps les lucioles faisaient leur première apparition de l’année et on pouvait voir la cime de l’orme se balancer sous la lumière d’une fraction de lune.

Du temps et de l’espace dans la tête

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M’en allais vous coller un autre slam. Ils sont écrits depuis longtemps et je les écoule parcimonieusement à la semaine ou aux deux semaines pour tenir ce blogue en vie… C’est tout dire. L’an dernier j’ai publié un petit livre et j’ai reçu une bourse pour en écrire un autre… Dans le désordre. Je veux dire que l’autre est venu après l’un. Je veux dire que je ne savais pas que l’un allait être publié quand j’ai reçu la bourse pour écrire l’autre.

Bref me v’là tu pas pognée pour écrire un deuxième livre dans l’effervescence de la sortie du premier. Ce n’est pas l’envie qui manque, c’est le temps… Et l’espace dans ma tête. Je suis travailleuse autonome, je sais que je ne pourrais pas faire autrement, le 35 heures semaine steady de 9 à 5 c’est pas fait pour moi. Je suis déficitaire de l’attention, j’ai besoin de sauter du coq à l’âne pour savoir de quel pied danser et de quel bois me chauffer tout en mettant du pain sur l’argent du beurre. On se suit? Non. Je vous fais un résumé : entre la priorité de créer, la priorité d’avoir une liberté de penser et la priorité de payer le loyer de ma belle maison dans les rangs qui, soit dit en passant, est la première inspiration de ma liberté de créer, ben je n’arrive pas à choisir. Je ne peux pas choisir. Ce sont mes essentiels.

Donc, pour tenter de préserver tout ça, je cours, je cours, je cours. D’un boulot très stimulant à l’autre, d’un contrat à l’autre. Parfois, dans ma tête, j’ai besoin d’une commode assez grande pour contenir les 7 ou 8 tiroirs pour les 7 ou 8 différents contrats que je mène de front pendant une même semaine! Et à travers ça j’essaie d’écrire le roman parce qu’il FAUT que je le finisse! C’est un impératif imagine-toi donc : tant que je n’aurai pas déposé le rapport final de cette bourse, je ne pourrai pas en obtenir d’autres. Et on sait que les bourses sont un gage de crédibilité dans une carrière artistique. Et aussi un gage de survie on ne se le cachera pas.

Au mois de février je relis les maigres 400-500 mots que j’écris aux deux semaines et je me dis qu’à coups de paragraphes, je n’écrirai pas grand chose qui vaille. Je veux dire : Hey ça prend du temps pour écrire un roman! Du vrai temps, pas du temps volé! Pas du temps emprunté! Un véritable plongeon, profond, purifiant, troublant, dangereux même. Doooooonc… je suspends le projet. Tant pis pour les dépôts de bourse au printemps. Je ne vais pas escamoter ce qui compte le plus pour moi sous prétexte de payer mon loyer… Et de faire des beaux projets de spectacles littéraires. J’attendrai au mois de mai pour écrire.

Après la complète folie du mois d’avril (mon calendrier était rouge de dates de shows, de remises, de dead line, name it!), ça m’a pris le mois de mai presque en entier pour me remettre. Juste pour me remettre à respirer. Juste pour recommencer à Voir. Tu sais, Voir de l’autre côté des choses, Voir la frontière scintillante entre elles et le reste de l’univers. Voir les choses vibrer.

J’ai relu mes 40 premières pages des dizaines de fois. Quand soudain, j’ai décidé de me remettre à écrire. Tous les matins je m’attache à mon clavier, à raison de 1000 mots par jours ouvrables pour un total de 5000 mots par semaine. Des bons mots? Des mauvais mots? Je m’en torche! J’écris des mots. Encore. Encore. Encore.  Pour m’assurer de tenir le coup, j’envoie un petit courriel à mon amour où je lui annonce avec beaucoup de points d’exclamation et de fierté : 1153 mots! 1567 mots! À chaque fois que j’y arrive. Et à grands coups de paragraphes le sens émerge de lui même. Ne vas pas t’imaginer, lecteur, que je peux me permettre de ne pas travailler. Nenon! Le matin j’écris, l’après-midi je travaille sur mes «piges», le soir quand il fait beau, je jardine. Jardiner pour Voir. Pour faire le plein afin de recommencer demain matin la tête remplie d’horizon et de vent frais.

C’est difficile cher lecteur. Aujourd’hui, je m’en confesse, certaines préoccupations ont pris tellement d’espace dans ma tête que j’ai 1600 mots d’arriérage ce soir. Je n’ai donc pas pu écrire à mon bel amoureux : 1059 mots!

Je ne peux pas te dire le bonheur, malgré ce petit écart d’aujourd’hui à ma discipline, le bonheur incommensurable d’enfin me permettre d’accomplir ce qui compte vraiment. La chose que je fais le mieux, parce que j’y mets ce qu’il y a de plus vrai en moi. Mon cerveau comme une rivière en crue, ma tête comme un champs en friche, mon coeur comme des oiseaux qui se bagarrent pour une mangeoire! Je voudrais pouvoir écrire tous les jours, toute ma vie durant!

J’ai capoté au mois d’avril, j’ai eu peur de la mort comme jamais je n’avais eu peur de la mort. J’en ai frôlé la crise de nerf. Pourquoi? Parce que je n’arrivais même plus à trouver le temps de m’arrêter pour vivre. Voir. Recevoir.

Hier, je suis allée voir la première d’un court métrage de Tommy Laporte «Héritage» suivi d’une discussion en présence de Tommy : le réalisateur, Thierry Leuzy : le comédien et Yvon Rivard : auteur et essayiste québécois. J’aurais peur de me prononcer, je ne sais pas comment dire ce film sans travestir ce qui s’est produit dans cette salle de cinéma. Je vais tenter de paraphraser Tommy «nous nous sommes donné le temps de prendre soin de nous.»

Nous avons parlé du temps, de la solitude, du sens, du lien précieux avec la terre. Du suicide aussi. Et c’était bouleversant. Et je me suis souvenu de ce que je me répète toujours : il y a une clef vers la lumière dans la proximité avec les jardins, les forêts, avec la terre. Il y aussi une clef vers la lumière dans les moments que nous prenons pour les contempler et nous en étonner sans cesse.

Merci Tommy, merci Yvon, merci Thierry et tous les autres artistes inspirants et vrais qui se reconnaîtrons dans ce texte.

C’est pas toujours simple d’y arriver. Mais le monde a besoin de vous. J’ai besoin de vous!

Hey! By the way! Ce texte contient 1059 mots!

Viens que j’te plante!

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iPhone 2013 mai 108Je t’aime, je t’aime, je t’aime!!!

Pour l’éternité!!!!!!!!!!!

T’es juste assez grand, juste assez large, juste assez profond

Tu sens l’humidité

T’es sale

J’te soupçonne même d’avoir des bebittes

Le pire c’est que ça m’excite

Ça veut dire que t’es vivant

Que tu grouilles de vie

De vers

J’ai envie de te pénétrer avec mes doigts

De te planter avec toutes sortes d’instruments

Pis à la fin, à la toute fin, avant que tu meures de ta toute petite mort

J’vas t’manger…!

Je t’aime, je t’aime, je t’aime!!!

J’vas te dédier ma vie entière

Je suis ta prêtresse de la fertilité

Je t’ai enduit d’algues grouillantes

J’y superposerai du fumier de mouton à défaut de t’en sacrifier un

Et quand monsieur Ti-Noré t’aura labouré

Je me roulerai nue dans ta terre sanctifiée

J’vas faire l’amour à ta surface pour que mes enfants aient le pouce vert!

J’vas faire rouvrir mon testament pour que sous toi on m’enterre

Je t’aime, je t’aime, je t’aime!!!

J’aime tes poireaux, j’aime tes choux, j’aime tes tomates, j’aime même tes concombres rabougris

Je t’aime quand j’suis à quatre pattes sur toi pendant des heures  sous le soleil de juillet pour t’épiler de tes mauvaises herbes, pendant que la sueur me coule entre les fesses

Je t’aime quand j’sers de party de sandwich pas de croûte aux mouches noirs qui reviennent d’un enterrement

Je t’aime quand je me transforme en hélicoptère hystérique à cause des taons

J’pourrais tout te pardonner parce que je te suis redevable

Tu m’as permis de survivre à une horrible peine d’amour

Tu me donnes des raisons de passer du temps avec papa

Tu me rends intéressante sur instagram

J’ai révolutionné les photos de bouffe en prenant des photos de future bouffe!

D’ailleurs c’est tu voulu que tes pousses de rhubarbes ressemblent à des clitoris luisants mon p’tit coquin!!?

Je t’aime, je t’aime, je t’aime!!!

Sans toi je passe l’hiver à soupirer devant la fenêtre

Comme une femme de bucheron qui attendrait son homme

Pis quand le printemps arrive, j’mangerais d’la terre tellement j’ai envie de toi

Je passe l’été à te caresser, te sarcler, te titiller, t’abreuver

Pis rendu à l’automne quand je te croque enfin

Ça explose dans ma bouche, ça goûte le soleil pis les tomates

À la brunante, pendant que je cueille tes petits pois tu recueilles mes confidences

J’suis pas folle de te parler

Je le sais que t’es vivant

Tu respires

Tu expires

Tu soupires

J’pense même t’avoir déjà entendu jouir

Entre nous deux y’aura jamais de panne de désir

Je t’aime, je t’aime, je t’aime!

Parce que tu me fais m’sentir comme une fée

Gamine, fébrile, un brin lubrique

Avec  la vie au bout des m’doigts

 

Faire fouler le sens au lavage…

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prometheeAutrefois, les dieux créaient des constellations en lançant les cadavres de leurs amants dans le ciel

Aujourd’hui les cercueils sont si étanches qu’on ne peut même plus voir naître un feu follet

Les sorcières étaient tellement puissantes que Circé à elle seule a transformé tout l’équipage d’un demi-dieu en porcs

Asteure j’vous dirais que ça prend pas grand-chose pour transformer un homme en cochon

Et il ne reste plus des sorcières que les poupées de plastique figées aux nez crochus assemblées par de trop petites mains quelque part de l’autre côté de la terre

Il fut un temps où pour consulter l’oracle, la pythie devait boire l’eau de la fontaine de Castalie et mâcher des feuilles de laurier, faire un sacrifice sanglant et s’exprimer en vers

Asteure pour la modique somme de 2,99$ Crystal ou Adelia (qui ont trouvé leur job dans les p’tites annonces du journal de Montréal) vont te dire que «toi mon chou t’es un capricorne ascendant gémeau et arrête-moi si j’me trompe, mais je sens que tu traverses une période difficile»

J’veux ben croire qu’on avait besoin de faire une brassée de linge sale

Et que l’eau de javel de la science nous a purifiés de la boue de nos croyances aveugles

Mais là on est en train de faire fouler LE SENS au lavage

Pour avoir des réponses, nul besoin maintenant de se créer des légendes

On a circonscrit le tonnerre, on a circonscrit les nuages, on a circonscrit les étoiles et les aurores boréales

On sait de quoi ils sont faits, ce qui les provoque, on peut même les prévoir d’avance

Déméter, Grendel et le Wendigo sont accessoires désormais

Nous avons Wikipédia

Sur wikipédia y’a des entrées pour toute, toute, tu tapes un mot, tu veux savoir c’est qui c’est quoi, wikipédia te dira tout, y’a même une entrée pour unviers! Univers criss! Tu te demandes c’est quoi l’univers, pas besoin de lever les yeux au ciel, wikipédia va te répondre.

Même la peur est circonscrite

Peur que notre amour se fasse écrabouiller par la tôle de son char en revenant de la job, peur de mourir d’une nécrose du muscle cardiaque secondaire, peur que notre enfant reçoive une décharge électrostatique disruptive fatale

C’est après que ça se complique

Après la peur vient la mort

Et c’est là que l’absence de magie frappe le plus fort

Après notre mort, il va se passer quoi? Les bouddhistes se réincarnent, les chrétiens vont au paradis, les grecs se posaient pas trop de questions, y’allaient toutes en enfer. Mais nous, est-ce qu’on va se contenter de se faire manger par les vers? Encore faudrait-il que nos cercueils ne soient pas si étanches.

Ça me fait de la peine de vous dire ça, mais pour dépasser la mort tous les pacemakers de ce monde, toutes les cures contre le cancer, tous les vaccins contre le VIH ne suffiront jamais

Ça va nous prendre une dose de mystère

Heureusement, y’a les abysses, y’a les trous noirs,

Y’a même une partie de notre propre cerveau qui nous échappe encore

Y’a tous ces insondables inconnus qui se dérobent à la science

Dans les abysses je dépose le Minotaure et Pasiphaé, les loups garous et les fées, l’Hydre de Lerne et la Méduse, Promethée et Freyja.

Dans les trous noirs je dépose grand-maman Rita qui écosse des p’tits pois,

Mon ami Karrick avec une bière pis une guitare électrique,

Mon oncle Benoît dans son lot à bois

Et j’ose espérer puiser l’énergie qu’il faudra dans la partie de mon cerveau qui m’échappe encore

Pour aller les retrouver après ma mort

Parce que transcender la mort, ça ne se fera pas sans apprendre à mourir

 

 

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