Sex in the country

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Copyright Karine Bélanger

Mettons d’abord une chose au clair : ceci n’est pas un blogue érotique ou sexuel (dans mes rêves!) alors messieurs rangez vos mouchoirs!!!!!!! Ceci est un blogue de quoi? Partage d’anecdotes (des vrais et des faux, faites le tri vous-même), partage de mes moments d’inspiration littéraire (oui je vous ferai subir mes illuminations créatives, si cela vous blesse l’œil, passez à l’article suivant je ne vous en tiendrai pas rigueur), partage de mes aventures amoureuses (si j’en ai, sinon j’en inventerai de croustillantes promis!), partage d’opinions et de petits instants de vie, partage de trouvailles culinaires et recettes (parce que c’est bon manger et que je fais ça très bien!), partage de trouvailles glamour ou mode!

Mais surtout, les hauts et les bas de l’existence d’une jeune trentenaire célibataire artiste de métier qui a choisi de faire sa vie dans un rang reculé de la campagne gaspésienne ou bas-laurentienne selon votre allégeance!

Voilà, je pense que ça fait le tour alors : Bienvenue dans ma version toute personnelle de Sex and the city : «Sex in the country» où l’aspect reculé du 5ème rang de X ne sera jamais un obstacle au glamour!

Surfer sur les idées des autres

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Photo d’Olivier Lauzon empruntée à l’adresse suivante : http://montrealcampus.ca/2012/05/la-ma-nue-festation-du-16-mai-en-photos/

Ce soir, je surfe sur ces textes de Bertrand Laverdure et d’Yvon Rivard que j’ai lus hier et qui m’ont tellement bouleversée. Je ne suis rien avant la #manifencours (http://techniciencoiffeur.blogvie.com/2012/05/28/je-ne-suis-rien-avant-la-manifencours/) et Penser la solidarité (http://www.facebook.com/yvon.rivard1/posts/422660741101012)

Pourquoi ce billet de Laverdure m’a à ce point remué? Pour cette phrase entre toutes je crois : «espérant, fou d’une joie indicible qui ne dirait rien de plus que son extravagance si je tentais de la décrire» Oui pour cette phrase magnifique qui exprime l’impossibilité de dire tout ça qui s’agite en nous depuis le début de ce printemps. Ce sentiment extatique d’être avec les autres pour une même idée, pour les mêmes valeurs. De sentir au-delà des mots, des normes et des dogmes que nous sommes animés par des aspirations semblables et que le langage lui-même que nous affectionnons tant, nous auteurs, faillit à exprimer (en passant je m’en crisse que ma syntaxe soit mauvaise, je l’ai relue 4 fois la phrase pis je ne vois pas comment le dire mieux que ça. En plus le langage, n’en déplaise aux puristes, est fait pour être malmené au même titre que toutes les autres structures that’s it).

Je me suis souvent désintéressée de conversations sur le «conflit» étudiant parce qu’elles tombaient dans des considérations chiffrées, matérielles, des références tellement concrètes qu’à elles seules elles annulaient tout espoir d’utopie. Trop souvent, j’ai eu l’impression d’être à court d’argument, dépossédée de ma langue et de mes idées parce que ma pensée demandait du temps, mais surtout parce qu’elle s’articulait en dehors des canons de la réflexion rationnelle comme on l’envisage aujourd’hui. J’ai eu l’impression d’être inculte, mal informée, me suis sentie humiliée, incapable de structurer ma pensée. Mais aujourd’hui, je me réclame de cette défaillance et contre les mots «désorganisé» ou «déstructuré» j’opposerai les termes «intuitif» et «inspiré». Et j’aurai l’arrogance de clamer que dans ce désordre se trouve peut être un élément de réponse aux souffrances humaines. Je suis incapable de me sentir interpellée par une discussion ou une réflexion à l’intérieur de laquelle le pragmatisme tue l’utopie. Parce que je me suis graduellement rendu compte que penser un monde meilleur ne peux se faire qu’en sortant complètement des paradigmes actuels. Je crois qu’il faut casser nos vieux automatismes de réflexion pour arriver à vivre mieux ensemble sur cette terre. Et par là je veux dire mettre la masse dans les images collectives que nous nous faisons du couple, du pouvoir, de la famille, de la propriété, de la démocratie, de la liberté, de l’accomplissement, du bonheur name it! Bref le mot qui se rapproche le plus de l’idéologie que je porte est peut-être «anarchisme», mais mon «anarchisme» est non violent qu’on se le tienne pour dit. Je ne me suis pas fait tatouer un signe de peace laitte entouré d’un soleil à 17 ans pour changer d’idée en cours de route.

Pourquoi les artistes sont si inspirés pas les soulèvements, les révolutions, les déferlements du changement? Parce qu’ils nous permettent de rêver et de croire que le monde pourrait être, à l’image de nos œuvres, libre de suivre le sourire aguichant d’une intuition.

Depuis le début du printemps québécois j’ai retrouvé le sens. J’ai retrouvé assez de foi pour me raccrocher au monde dans lequel je vis. Dans les rues courent des gens nus et rouges, des bananes rebelles et des anarchopandas. Partout à travers la province voire même le monde, des gens tapochent sur des casseroles en souriant. La poésie, seule manière libre de repenser le monde car elle ne connaitra jamais le joug des règles, a reprit sa place et danse seins nus dans tous les quartiers de mon pays.

Je suis loin de détenir l’ombre d’une proposition pour sortir de ce conflit. Pire encore, je pense qu’il est préférable pour le bien de l’humanité que nous ne sortions pas de ce conflit qui dépasse depuis longtemps la hausse des frais de scolarité. Il doit s’éterniser ce conflit et continuer à déferler au-delà des limites du Québec, car il nous faut du temps et beaucoup d’espace pour repenser le monde.

Il y a pourtant deux ou trois petites choses que j’ai envie de subtilement suggérer :

La liberté ça commence dans la tête.

Et si le monde idéal ne reposait que sur une simple intuition…

Une fleur est une fleur. Texte engagé.

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L’autre jour, je parlais avec une amie de la vieillesse et de la mort. Elle me disait que ça ne la dérangeait pas de vieillir. Et moi j’affirmais le contraire. Mais ça n’était pas tout à fait exact. Je n’ai pas peur de vieillir, pourtant je trouve la brièveté de la vie humaine consternante. Il me semble que dès que l’on atteint l’âge de comprendre comment il peut être simple d’être heureux, on sent déjà que notre corps est éphémère. En fait, ces deux états son très liés. Le bonheur découle de la conscience aigue de la fin, on n’en sort pas. Voilà pourquoi j’ai dit à cette amie : «J’ai tellement de fun à la vivre cette vie-là, je ne peux pas concevoir qu’elle soit si brève!»

Ce soir. L’odeur du gazon frais coupé, le chant des grenouilles, le soleil qui rosissait le ciel, les petits oiseaux qui chantaient, mon papa souriant sur le tracteur à pelouse; j’avais les larmes aux yeux et j’étais plein de gratitude. J’ai couru sur le terrain pour vérifier que les fleurs vivaces, les petits arbres et les rosiers que j’ai plantés dans les dernières années étaient encore vivants. Je me suis exclamée en voyant que les pivoines étaient déjà en boutons. Je suis allée caresser les fleurs du poirier, j’ai recueilli quelques pétales qui sont tombés dans ma paume. J’ai farfouillé dans la terre pour le plaisir de la sentir entre mes doigts et sous mes ongles. Et je savais que j’écrivais pour ça, pour rendre hommage à tout ça.

Mon voisin tient une liste exhaustive de tous les oiseaux qu’il voit sur le terrain au printemps. Il note à quelle date ils sont arrivés. Chaque jour, il prend sa liste et il coche les oiseaux qu’il observe. Il écrit aussi à quel moment les feuilles des arbres, les plantes, les fleurs du poirier apparaissent. Cela peut sembler vain, mais je crois que ce geste est de la plus haute importance. Mon voisin note l’écoulement du temps et les choses qui changent doucement année après année. Je voudrais écrire un roman comme ça, qui ne ferait qu’énumérer les sortes de plantes et les noms d’oiseaux. Qui dirait que les choses meurent et que c’est pour ça qu’elles sont belles.

Je sais que ce texte peut sembler étrange et très peu engagé dans la période trouble que nous traversons. Mais j’ai la prétention d’affirmer qu’il est aussi engagé que tous les éditoriaux que nous avons vus passer depuis ces 100 jours de grève. Il est engagé comme les poèmes de Pessoa qui se contente d’affirmer qu’une fleur est une fleur. Parce que tout tient dans cette simple phrase. Une fleur est une fleur. Notre humanité consiste à voir cette fleur et à la nommer.

Alors en ces jours à la fois sombres et lumineux, j’aimerais que les êtres humains prennent le temps de s’arrêter et de voir.

Je sais que le monde en ressortirait changé.

Où es-tu?

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Très cher frère, ami, amant, âme sœur, ancien amour,

Où es-tu?

Certains m’affirment que tu as été interné, d’autres que tu es mort dans un accident de voiture, que tu m’as quittée pour une autre femme, que tu es parti faire le tour du monde, ou simplement à la chasse sur l’Île d’Anticosti pour une toute petite semaine, que tu te lances en politique, que tu cuisines pour les autres dans une ville lointaine, que tu as failli mourir d’un infarctus, que tu es devenu une femme, ou que tu es ici, devant moi.

Je sais que tout cela est vrai. Pourtant, on attend de moi que je n’accepte qu’une seule de ces réponses.

Hier un homme m’a parlé du langage. Pas seulement à moi, mais à moi au milieu des autres. Si je te dis qu’il m’a parlé, c’est que je sais que personne n’a compris comme moi et que moi je n’ai compris comme personne. Il a dit que la poésie était un acte de foi. Une révolte contre une part de soi-même, de sa propre langue, de ce contre quoi on voudrait se construire, mais qui vit en nous. C’est pour ça que je préfère écrire pour dire ce qui est secret, précieux et noué. La parole est trop empressée et parfois je laisse échapper des coups de matraques ou des flaques de goudrons à travers les bourgeons, le vent et les oiseaux.

Je sais que si je parle trop vite, je risque de fendre le front d’un enfant vêtu de rouge.

J’ai reçu des fleurs en pot. Des orchidées. Quelqu’un est entré et les a déposées sur la table pendant que je pleurais mes nouvelles rides de joie. Je ne sais pas comment en prendre soin. Je ne veux plus chercher les réponses dans l’écran qui se dresse entre nous. Je voudrais que tu te tiennes à côté de moi et que tu m’expliques comment m’occuper des fleurs. Pour que mon corps reçoive le tien par l’entremise de ton souffle. Parce que je désire si fort sentir ton sang battre dans le mien. Mais je préfère rester seule.

J’ai décidé de laisser pousser ma barbe, je n’en pouvais plus de cette peau douce à la garçonne. Je sais à quel point tu aimes les effluves qui s’en dégagent. La dernière fois que nous avons fait l’amour, ne l’as-tu pas caressée tendrement avec ton sexe, alors que moi, je goûtais tes mamelons?

Où es-tu mon amour, pendant que les vieillards descendent dans les rues pour dévorer la moelle des enfants qu’ils ont nourris? Je voudrais te faire des douzaines de bébés que nous laisserons courir nus. Que nous réprimanderons s’ils sont trop droits et silencieux. Des enfants sauvages qui planteront leurs dents dans ceux qu’ils aiment pour les réveiller de leur torpeur. Je te ferai des douzaines de marmots qui mangerons toutes mes crêpes et qui porteront l’étendard du chaos. Car on sait que la nature redouble de vigueur après les ravages d’un incendie.

Mais pourquoi insistes-tu autant? Je ne garderai pas ce fœtus qui pousse contre mes flancs. Tu sais que je n’ai jamais voulu d’une famille. Je ne veux pas que l’offense des générations déforme mon corps. Je refuse de porter les jolies chaines que tu m’offres, même si tu les as déposées dans un écrin. Je suis trop sauvage. Je t’abandonnerai avec notre progéniture, mon bel hippocampe. Je voudrais que tu l’appelles Estéban, en souvenir de sa mère. Accoucher d’un être humain est aussi affolant que de parler.

Et celui que je mettrais au monde risquerait de fendre le front d’un enfant vêtu de rouge.

Toi et moi, nous n’avons jamais fait l’amour et ça me terrorise. Je suis vierge tu sais? J’ai accueilli entre mes cuisses les sexes de milliers d’hommes, mais je suis vierge et j’ai peur de mourir sans avoir senti ton rythme. Pourtant je sais que si je couche avec toi, je ne pourrai jamais revenir à cet état de pureté originel qui souille mes espoirs de liberté.

Aristophane dit que les dieux nous ont séparés pour nous punir, mais il a été dupé. Les dieux nous ont détournés de nous-mêmes pour que nous ne puissions plus nous voir. Comme le rocher de Sisyphe qui dévale la pente, comme le foie de Prométhée qui repousse à chaque jour, nous cherchons sans relâche à l’extérieur de nous ce que nous avons toujours porté.

Où es-tu mon amour? Tu sais que je me divise dès que j’ouvre la fenêtre? Si je continue d’être multiple sans me choisir absolue, j’ai peur de m’enfermer dans un cachot ou de me torturer à mort. Si ma parole refuse une unique vérité, j’ai peur de m’arracher la langue pour me forcer à me taire.

Je m’effraie mon amour, parce que je n’arrive pas à choisir qui je suis et j’ai le souffle coupé devant tant de beauté.

À toi pour toujours, mais jamais tienne.

Ta sœur, amante, amie, ancienne amoureuse, âme sœur.

Comme une envie d’irrévérence (slam)

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Comme une envie d’irrévérence

Comme une envie de tout jeter par les fenêtres.

De recommencer à fumer! Pis pas des menthols!

D’aller me perdre en Amérique du Sud

D’avoir trop chaud

Chaud jusqu’à la sueur en dessous de la lèvre inférieure

Chaud jusqu’aux cuisses qui glissent l’une contre l’autre

Chaud visqueux

De me retrouver dans une ville où j’connais personne

De danser cochon avec un gars qui porte des Loafers

De m’saouler à la téquila jusqu’à vomir dans l’taxi qui m’ramène chez nous

De m’saouler à la téquila jusqu’à brailler mes amours déçues dans les bras du chauffeur

De frencher des inconnus, ah non pire que ça : de fourrer criss!

D’aller dessiner un pinch mou sur tous les exemplaires des nouveaux formulaires d’impôt

D’écrire des textes choquants

De dire des mots sales «plotte, sacraman, coliss, viarge, coudon tabarnak»

De voler une moto

D’apprendre à conduire une moto pas de casque avec un ancien prof de marketing qui a décidé de s’ouvrir une commune dans les bois francs pis qui sent l’sapin pis la sueur

De faire l’amour avec mon prof de moto pis le casque que j’ai pas voulu mettre pour conduire

 

De porter des jupes trop courtes avec pas de bobettes en  dessous

De faire un road trip à Ottawa pour aller accrocher les bobettes que je porte pas sur la tête de la statue de la reine Élizabeth

De faire des graffitis

De me faire tatouer «Christophe forever» sur la fesse gauche même si je ne connais pas de Christophe

De me faire tatouer born to be wild sur la droite parce que je suis wild!

D’essayer de dire la phrase «Les chemises de l’archiduchesse» la yeule pleine de biscuits soda

De pêter les vitres d’un char à grands coups de bat de baseball

De détourner un camion du journal de Québec pis de calisser l’feu dedans

De hurler

De me lever pendant la messe pour crier «bullshit»!

D’aller dire des affaires cochonnes au curé par le tit carré du confessionnal

D’aller m’baigner toute nue à piscine municipale pour montrer mes nouveaux tattoos

De ruer dans les brancards

 

Comme une envie d’explosion.

Comme une envie de sabotage.

Comme une envie de transgression.

 

Comme une envie de me mettre dans marde

Pour pouvoir me permettre longtemps de penser en dehors de ma tête

 

Pour ne pas mourir vivante et marcher les bras tendus, le regard vide, en ligne droite vers le gouffre

 

Pour continuer à emprunter les sentiers tortueux de la pensée libre

 

Plutôt que les autoroutes des sophismes virulents propagés par les médias de masse

 

Pour ne pas oublier qu’y a moyen de vivre en marge de la boîte

 

Comme une envie de toute faire c’qui est mal vu, juste pour brasser la cage des normes

 

Juste pour ne pas oublier que c’est encore possible de les transgresser

 

Que c’est notre choix

 

Que nous sommes encore libres!

 

Voici un extrait du reportage qu’Annie Landreville a fait de la finale Rimouskoise. On y trouve un extrait de ce slam.

http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CJBR/Inforeveil201205080851.asx

Une vie

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Une vie.

C’est un fragile assemblage.

Une somme de merveilleux hasards qui rend possible, l’impossible.

Ce sont des os comme une tour Eifel en cure-dents

Ou comme un mât qui porte la grand’voile

Ou comme une pergola envahie par le lierre

C’est un crâne comme un coco Cadbury

Ou comme une boule à neige avec une madame qui nourrit des pigeons dedans

Ou comme un yoyo parce qu’y a du monde mêlé aussi

C’est de la chair comme la pulpe d’une pomme grenade

Ou comme la terre noire de mon jardin après la pluie

Ou comme du Jello aux fraises avec des guimauves dedans

C’est du sang comme du métal en fusion

Ou comme une rivière après la crue

Ou comme une déferlante sur le sable brûlant un jour de canicule

C’est un cœur qui s’agite comme un tite grenouille dans un pot Masson

Ou comme une abeille contre un screen de porte-patio

Ou comme un sexe gorgé d’apaisement qui palpite après l’orgasme

Ça donne des assemblages singuliers comme un coco Cadbury planté sur une tour Eiffel en cure-dents

Ou comme un sexe gorgé d’apaisement surpris par la déferlante

Ou comme une tite grenouille dans un pot Masson plongé dans une piscine de Jello aux fraises avec des guimauves dedans.

Une vie c’est le battement d’aile d’un papillon qui peut provoquer une tempête

Chaque fois qu’on perd une vie humaine, c’est une façon nouvelle de voir le monde qui disparait.

Y’a des soudeurs qui font des graffitis de Calinours

Y’a des policiers qui font pousser d’la camomille

Y’a des comptables qui écrivent des poèmes en secret

C’est minuscule une vie, c’est un tout p’tit souffle, une brise délicate, un fil, une petite flamme.

C’t’un oiseau paniqué pogné dans la grille du foyer qui piaille pour sa liberté parce qu’il est tombé dans l’trou de la cheminée.

Pis là ben c’est toi qui a le pouvoir.

Ou ben donc t’as peur que l’oiseau chie partout sur ta céramique neuve pis t’allumes le foyer en te bouchant les oreilles pour pas l’entendre mourir.

Ou ben donc t’oses ouvrir la grille pis t’attends que l’oiseau sorte.

Tu le laisses se pêter la face contre tes murs, pis chier sur ta céramique.

Tu le ramasses délicatement quand il s’est enfin calmé.

Ton cœur aussi palpitant que le sien.

Tu sens ses p’tites plûmes douces contre tes paumes.

Pis un coup rendu dehors tu le laisses s’envoler dans le bleu.

Pendant que toi, tout énervé tu gouttes le plaisir d’avoir pris un guess.

Le 4 mai à Victoriaville, le gouvernement Charest à crissé l’feu dans l’foyer pis il s’est bouché les oreilles pendant que l’oiseau cramait.

Faique là y’a des crânes fracturés, des dentitions éclatées, des yeux crevés, des oreilles arrachées.

Y’a des enfants qui risquent d’avoir dans l’avenir une aussi bonne qualité de vie qu’un oiseau à qui on aurait brûlé les deux ailes.

Notre gouvernement a sciemment choisi de casser des êtres humains par opportunisme.

Pis j’comprends pas qu’on soit rendu à être obligés de prendre la parole pour rappeler au monde qu’une vie, ça vaut plus qu’une remontée dans les sondages.

Mes mots n’ont pas la même force d’impact que les choix égoïstes

D’un premier ministre

Mais ce soir, je voulais avoir une pensée particulière

Pour une tite grenouille dans un pot Masson qui cherche ben fort son air.

Maria

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Brent Stirton from South Africa, a Getty Images photographer working for Kiev Independent, has won the first prize Contemporary Issues Singles with this picture of Maria, a drug addict and sex worker.

J’t’ai rencontrée par un beau samedi avant-midi

J’étais de bonne humeur

Ma maison embaumait l’café,

Pour une fois mes toasts avaient pas brûlées

C’était une de ces journées précieuses, gorgées de sens

De ces journées où je pourrais attraper le chaos pour en faire ressortir des motifs de fleur, des cristaux précieux

De ces journées où je me sens toute ouverte, fendue en deux, incapable d’empêcher la vie d’entrer de partout.

Y’était passé onze heures pis j’avais pas encore enlevé mon pyjama à cerises

J’écoutais Tom Waits, j’avais l’goût de faire l’amour

 

Mais quand j’t’ai vu, ma bouchée d’toast au Nutella est restée pognée dans ma gorge

Un peu comme quand on mange un roteux vapeur trop vite, pis qu’ça fait mal

Un peu comme un serpent qui avale un œuf

 

Sur mon écran cathodique l’image choquante, insoutenable de ton corps à demi-dénudé

Avec pour seule légende : «Maria, prostituée junkie Ukrainienne»

J’ai eu mal à mon humanité

T’avais une pose provocante digne de la Grande Odalisque

Tu regardais l’objectif drette dans l’oeil

Tes cuisses, maigres, sales et bleuies

Tes p’tites culottes jadis blanches maintenant grises, en charpie

Comme si c’était la seule paire qui te restait

Ta jambe droite entourée d’un bandage crasseux de la hanche jusqu’en dessous du genou

Quessé qu’a l’a ta jambe Maria?

Ton seule bijou : une montre.

Probablement pour vérifier depuis combien de temps tu te fais passer sur le corps par celui là.

Pis dans combien de temps tu vas te taper l’autre.

 

Tes yeux graves, bleus, dures

On dirait presque un regard d’homme Maria

Est-ce qu’à force de les voir, penchés au-dessus de toi, pour te prendre ou te violenter, ton visage a fait du mimétisme?

As-tu essayé de devenir celui qui t’achète

Pour enfin savoir à ton tour ce que c’est que de pouvoir choisir?

 

Comment ils font pour te désirer Maria?

Comment on peut avoir envie d’un corps dévasté?

Un corps en charpie comme tes petites culottes?

T’es clients doivent être aussi scraps que toé?

 

 

Aujourd’hui j’ai décidé d’écrire un texte sur toi

Depuis une demi-heure je m’impose ta photo Maria,

Pour essayer de te rendre

Pour essayer de retrouver ce que j’ai compris ce jour là en te voyant pour la première fois.

 

Toute la soirée j’ai cherché à faire de la poésie avec ton image, de trouver des beaux mots pis des figures de style.

J’ai essayé toute la soirée de faire émerger le sens.

 

Mais ta photo est tellement crue, tellement saignante tellement gorgée de désespoir que j’ai baissé les bras

 

Je reste atone devant ton image Maria

Je pense qu’elle parle d’elle-même

 

Ton image hurle qui a quelque chose de pourri au royaume de l’humain

Pis pour que je passe par-dessus ça,

Va falloir des milliers de jardins.

Les ostis d’artisss!

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«Moi les ostis d’artisssss

Les féminisssss

Les gauchissssssss

Les anarchissssssss

Les idéalissssss

Les utopisssssss

Les pro-chouissssss

Les ouverts d’esprissssss

Les pelleteux de nuages

Les bo-bo

Les rêveurs parasites

Les enculeux d’mouches

Les squatteux d’café

Les égos surdimensionnés

Les pousseux d’crayons

Les faiseux d’bulles

Les BS de luxe

C’est rien que bon à vivre sur le bras des contribuables

Vos livres se vendent pas, parsonne va voir vos films

Pourquoi le vrai monde paierait pour financer ça?

Ça sert à rien!!!!»

Ok ok ok Wo mon chum!!!! Wo! Wo! Wo!

Là fouille dans tes poches, pis sors moi un billet de vingt piasses

Imagine. Si t’en est encore capable là. Imagine

Toé pis moé, on est tu seuls dans l’bois, pardus

Ton billet d’vingt piasse, tu peux tu l’manger?

Pis si t’as frette, tu peux tu t’faire un couverte avec?

Pis maique la noirceur pogne là, pis que les coyotes se mettent à hurler, ton billet de 20 piasses te racontera pas d’histoire pour t’aider à t’endormir.

Il te fera pas de jokes pour détendre l’atmopshère.

Faique à la lumière de mon argumentaire, ton esti d’cash, yé tu plus utile que moé?

What? Ben non j’pas en train de te dire que les pôwèmes ça s’mange!

Mais si t’es pas encore convaincu, moé, au pire, tu pourras me bouffer !

Les Albatros c’est des oiseaux majestueux en plein vol mais incapables de tenir les rames pour faire avancer l’bateau.

Sauf que les marins seraient p’t’être devenus fous, si y’avaient jamais eu de raison de lever les yeux au ciel.

Icare yé cave d’avoir volé trop près du soleil.

Mais ça prend ben quelqu’un qui va se brûler les ailes à ta place pour te hurler en tombant ce qu’il a appris sur la vérité.

J’avoue que j’m’a pose la question.

Dès fois, t’arrives presque à me convaincre que j’sers à rien.

Que j’vis sur ton bras pis que j’te r’donne pas grand-chose.

Pourtant, quand je regarde en arrière ça me réconforte.

Depuis toujours on a tatoué la planète en laissant l’empreinte terre de sienne de nos mains, de nos silhouettes sur ses flancs d’argile.

Depuis toujours on a fait battre nos cœurs dans des troncs creux emplissant l’air des exclamations de nos paumes arquées.

Depuis toujours, on s’est fait des skechs dans des ronds de feu, mettant en scène des dieux créés à notre image. Cruels, imparfaits fascinants. Pour mieux digérer la famine et la mort.

À quoi je sers? Fouille moé.

Mais tu pourras pas nier, que depuis le début de notre histoire, l’humanité a jamais pu se contenter de vivre pour mourir.

Faique c’est p’t’être ça, au bout du compte, ma raison d’être.

T’aider à jamais oublier que t’es plus que ça pis te pousser à te battre pour le prouver.

Ça fait qu’investie d’une mission nouvelle, munie de mes ailes enflammées

Je vais te laisser sur ces paroles sages et posées :

«Un peu de poésie tabarnak!»

Hommage aux Maskiriens!

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Ce soir en revenant de ma répétition de théâtre avec Maski-rit, la troupe parascolaire du Cégep de Rimouski, j’avais envie d’écrire un texte sur eux, les cégepiens que je côtoie chaque semaine. J’en ai de toutes les sortes, qui sont issus de tous les milieux, avec leurs histoires singulières, avec chacun leurs problèmes, leurs lumières, leurs talents, leurs aspirations, leurs rêves. Ils sont pour moi une source intarissable d’énergie et d’inspiration. Bien sûre, parfois, même souvent, ils me poussent au bout de ma patience. Parce qu’ils sont en retard, n’ont pas appris leurs textes, ne sont pas concentrés, ont oublié une répétition. Ah ça me met en rogne! Oh que ça me met en rogne! Mais je sais, que, chacun à leur façon, ils font de leur mieux, même si certains investissent plus d’efforts dans leur mieux que d’autres. J’essaie de faire preuve de patience et de compréhension – il faut que j’aie un show rodé en avril tabarnak! – parce que je sais que chacun doit composer avec sa situation monétaire, scolaire, sentimentale, familiale, professionnelle etc. Malgré tout ça, rares sont les bonheurs qui puissent égaler celui que je ressens lorsque je vois qu’un de mes comédiens s’est amélioré, qu’il a compris des trucs fondamentaux, que le théâtre lui a permis de repousser ses limites. Rares sont les satisfactions qui dépassent cet instant magique où je vois enfin émerger un personnage.

J’essaie d’être juste, de traiter chacun selon sa singularité. Ça demande de l’énergie et de la concentration, mais ils en valent tous la peine. Ils ont tant à offrir. Je suis si curieuse de savoir ce qu’ils vont devenir…

Je voulais parler des maskiriens ce soir. Puis, quand je suis arrivée chez moi, twitter m’a appris qu’il y avait eu des interventions policières musclées devant les bureaux de loto-Québec. Et de fil en aiguille, j’ai su qu’un étudiant risquait de perdre son œil, j’ai même vu la photo de ses blessures.

Mes cégepiens à moi, à chaque répétition je les entends parler de leur grève. La plupart sont pro-grève, beaucoup s’investissent dans le piquetage, les manifs etc. Je n’ose pas imaginer à quel point je serais en tabarnak (un tabarnak au moins 100 000 fois pire que celui des répliques mal apprises) si jamais l’un d’entre eux risquait de perdre un œil pour avoir revendiqué et défendu ses droits.

Je prends rarement part aux débats, je n’aime pas beaucoup l’argumentation, ça n’est pas ma tasse de thé. J’ai toujours l’impression de mal m’exprimer, de manquer d’informations, d’avoir un argumentaire mal ficelé. Pourtant, il y a des valeurs primordiales dont je suis absolument certaine et sur lesquelles pèse une menace de plus en plus troublante. Je crois en l’égalité de l’accès à l’éducation, pour tous, sans discrimination liée au portefeuille ou à quoique ce soit d’autre; même pour les cancres, surtout pour les cancres. Je crois en la liberté d’expression. Je crois en la non-violence. Je crois qu’il y a des choses précieuses et fragiles liées à notre humanité que nous devons protéger.

Je sais que ces jeunes qui manifestent, qui se soulèvent, qui disent non, nous offrent une opportunité en or. Celle de revoir nos racines. Parce qu’il me semble de plus en plus que notre société a poussé croche et que toute cette histoire dépasse, et de loin, les considérations monétaires. Moi, je veux d’un monde où tout être humain – même ceux qui apprennent leur texte de travers, même ceux qui arrivent en retard aux répétitions – se voit donner l’opportunité d’offrir un bon show. Oui, y’en a qui prennent plus de temps que d’autre, so what? Si au bout du compte, ils contribuent, à leur façon, à rendre le spectacle plus solide et sensible, le jeu en vaut la chandelle.

Aujourd’hui je constate que des policiers et des escouades anti-émeute prennent trop de pouvoir et ça me fait peur. Ça n’est pas le monde dont je rêve. Ni pour moi, ni pour mes maskiriens.

Je n’ai pas parlé de chiffres, je ne sais pas compter. J’ai parlé de ce que je sais, je sais ressentir et écouter. Et si j’ai bonne oreille, la résonnance de nos politiciens fait de moins en moins de sens. Ça fait que «Go on» mes kids du cégep (oui je m’excuse, c’est de même que je vous appelle quand vous êtes pas là) continuez de lutter pour nous réécrire un avenir, parce que celui qui est tout tracé, j’sais pas pour vous autres, mais moi, j’en veux pas!

Comme une envie d’irrévérence

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Comme une envie de tout jeter par les fenêtres, de me saouler à la tequila, de recommencer à fumer, d’aller me perdre en Amérique du Sud, d’avoir trop chaud, de me retrouver dans une ville où je ne connais personne, d’écrire des textes choquants, de dire des mots sales, de voler une moto, de porter des jupes trop courtes avec pas de bobettes en  dessous, de faire des graffitis, de me faire tatouer «Christophe forever» sur la fesse droite même si je ne connais pas de Christophe, de frencher des inconnus, ah non pire que ça : de fourrer criss! de pêter les vitres d’un char à grands coups de bat de baseball, de hurler, de torturer des grenouilles (ok non, c’est pas vrai, j’suis pas capable de faire ça).

Comme une envie d’exploser.

Comme une envie de saboter.

Demain je vais acheter des graines de tomates, sinon il va être trop tard pour planter mes semis.

Cet été je voudrais inviter des gens à déjeuner

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Il me manque si fort. J’ai besoin de le retrouver, de le sentir, de le goûter. Mon été.

Avec son parfum de menthe sauvage, de plans de tomates et de terre humide.

Je veux aller cueillir les fleurs dans le champ derrière chez moi, un soir doux et venteux juste au moment où le soleil effleure la cime des arbres.

Je veux manger les fraises des champs avec de la crème.

Boire un peu trop de vin rosé en fin d’après midi et m’endormir la fenêtre ouverte en écoutant les bourdons.

Je veux porter mes vieilles robes fleuries trop grandes et usées pour jardiner.

Avoir chaud.

Enfouir mon nez et mes lèvres dans les fleurs du poirier.

Je veux baigner mes pieds dans la mer et avoir mal aux chevilles à cause de l’eau glacée.

Mais plus que tout je veux écrire et inviter des gens à déjeuner.

Pour vivre à deux ou en groupe ce moment pur où les réalités du jour ne sont pas encore venues souiller les rêves de la nuit.

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